lundi 31 octobre 2011

Après les primaires : passer du vote utile au candidat utile

©Olivier Clément - www.parti-socialiste.fr
Le 16 octobre 2011, plus d’1,6 millions d’électeurs (56 % des suffrages exprimés) ont choisi François HOLLANDE  comme candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Il n’était certes pas mon candidat favori, mais il bénéfice désormais d’une incontestable légitimité populaire, au terme de primaires citoyennes qui auront focalisé l’attention médiatique, accaparé les conversations privées, battu des records d’audience télévisée et déplacé des millions d’électeurs de gauche, autant de phénomènes inédits et réjouissants pour un simple scrutin partisan ! Les primaires n’ont pourtant pas échappé aux travers de la démocratie d’opinion version Ve République. Disons pour faire simple que nous avons vécu deux campagnes concomitantes.

Une campagne de 1er tour réjouissante ! Evacuées les craintes d’un affrontement fratricide ! Des candidats respectueux et d’accord sur l’essentiel, nous offrirent un véritable débat d’idées, et en fin de compte un choix entre des orientations divergentes. Les électeurs ne s’y sont pas trompés qui ont sanctionné l’orientation social-libérale proposée par Manuel VALLS, et valorisé au contraire le discours antilibéral d’Arnaud MONTEBOURG. J’ai apprécié, moi aussi, les prises de position déterminées de ce dernier sur le libre-échange, les banques ou la VIe République, appuyées par une éloquence sans pareil. J’ai regretté néanmoins qu’il fasse l’impasse sur les questions sociales : salaires, répartition des richesses, retraites etc. J’ai été consterné comme beaucoup par son ralliement à François HOLLANDE. J’avais autrefois apprécié le pourfendeur des paradis fiscaux, puis l’animateur, avec Benoît HAMON et Vincent PEILLON, du Nouveau Parti Socialiste (NPS), l’un des deux courants de la gauche du PS entre 2002 et 2005. L’homme avait pris ensuite un chemin plus sinueux, solitaire et parfois surprenant… pour incarner à nouveau la gauche socialiste le temps d’une campagne ! Arnaud MONTEBOURG a du panache, mais ancrer le PS plus à gauche suppose davantage de constance et de cohérence.

Si le 1er tour m’a plutôt réjoui – un vote de conviction en quelque sorte – le second a trop nettement renoué avec les travers de la démocratie d’opinion. A qui la faute ? Bien-sûr au système médiatique – grands médias et instituts de sondage appartenant à l’establishment capitaliste – qui a fait de François HOLLANDE son favori dès lors que Dominique STRAUSS-KAHN était hors course, et l’a présenté comme le mieux placé pour battre Nicolas SARKOZY. Assurément aux institutions plébiscitaires de la Ve République, qui attirent l’attention des citoyens moins sur les débats d’idées que sur les personnalités et leur capacité à rassembler au-delà des clivages partisans, incitant finalement au conformisme politique. Mais à vrai dire, l’électorat populaire a-t-il jamais aimé arbitrer les désaccords internes à la Gauche ? N’a-t-il pas de longue date préféré s’en remettre, pour être utile à son camp, à celui désigné comme son plus légitime représentant ?

Lors de mes discussions de campagne, j’ai vu aussi dans ces primaires l’expression d’un paradoxe propre aux démocraties matures. L’électeur se sent investit d’une responsabilité qui dépasse la simple expression de ses convictions personnelles. Il réfléchit, débat, s’informe, élabore une stratégie électorale, anticipe les suffrages de ses concitoyens… parfois jusqu’à  s’oublier en tant que détenteur d’une part de la souveraineté populaire. Le citoyen s’efface devant l’apprenti politologue ! Ce phénomène traduit avant tout le niveau élevé d’éducation politique des Français. Il est salutaire en soi, et il s’est par exemple traduit par la victoire du non au référendum sur le TCE en 2005 – bel exemple de réflexion citoyenne autonome vis-à-vis de l’establishment médiatique. Mais dans un contexte de ras-le-bol vis-à-vis du pouvoir en place, ce phénomène a décuplé l’effet du « vote utile » en faveur du favori – le mieux placé pour battre Nicolas SARKOZY – sans qu’il y ait de place dans le débat public pour un questionnement sur les critères de détermination de ce favori.

Le vote utile – déjà présent au 1er tour – a d’autant mieux fonctionné au second tour que les deux principaux candidats ont soigneusement évité de se distinguer l’un de l’autre sur le plan des idées. Or l’indifférenciation politique bénéficie forcément au favori. De fait, Martine AUBRY n’a pas su mettre en avant son profil social et se dégager de l’image dans laquelle l’avait enfermé le « pacte de Marrakech ». Elle a tardé à se démarquer de la « gauche molle », se refusant à faire de cette distinction un véritable clivage idéologique. Elle s’en est prudemment tenue au projet du PS négocié et adopté sous son égide en mai dernier – c’est tout à son honneur de Première secrétaire – sans prendre toute la mesure des attentes du peuple de Gauche en matière de transformation sociale et de rupture avec le dogme néolibéral. Au final, le débat télévisé d’entre-deux-tours a donné à voir deux candidats défendant les mêmes propositions, d’autant que François HOLLANDE  a su tirer le bilan du 1er tour et quelque peu infléchir ses positions, par exemple en annonçant clairement qu’il rétablirait l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Je reste néanmoins convaincu qu’il fallait faire ces primaires citoyennes et je ne me sens pas du tout dépossédé de mon rôle de militant du Parti socialiste. Il faut avoir vécu les primaires internes de 2006 pour mesurer combien, plus que les citoyens, les adhérents socialistes sont sensibles à la logique du vote utile – c’est lui qui avait permis à Ségolène ROYAL d’être désignée candidate. Et il faut avoir milité dans un courant minoritaire en période de congrès pour sentir tout le poids des baronnies et des clientèles locales, que les primaires de 2011 ont eu le mérite de diluer dans la masse citoyenne. Ces phénomènes sont certainement le propre d’un parti de masse, assis sur un dense réseau d’élus, dans une époque où règne la démocratie d’opinion. Il y a toutefois une certaine ironie à entendre reprocher aux primaires de dénaturer le rôle du militant, souvent de la bouche de camarades communistes : ceux-là mêmes qui ont choisi pour candidat un tribun venu du PS, étranger à leur culture militante, dont le principal mérite est d’être populaire dans l’opinion publique ! A vrai dire, les primaires citoyennes étaient ouvertes à toute la gauche, et il est bien dommage que les conditions politiques n’aient pas été réunies pour que les écologistes et les communistes s’y associent. Toujours est-il que bon nombre de sympathisants d’EELV ou du Front de Gauche ont voté aux primaires, au moins au 1er tour.

Nous voilà, socialistes, dotés d’un candidat. Il a des compétences, un certain brio, une ténacité indéniable. Nous avons un candidat… Mais pour quelle orientation politique ? Quel message clair sur la crise de l’euro et l’enjeu de la dette publique ? Quelles réponses à la rigueur salariale, au chômage, à la précarité au travail, au sentiment de déclassement ? Quelle réforme des retraites ? Quelle position sur le nucléaire ? Quelles mesures pour enrayer la crise du logement ? Quelle politique commerciale face aux dérives du libre-échange ? … Les électeurs des primaires ont choisi le mieux placé, apparemment, pour l’emporter en 2012. Ils ont aussi choisi un candidat qui sur beaucoup de sujets ne s’est pas franchement prononcé, un candidat qui n’a pas encore modelé précisément l’orientation politique pour laquelle il demandera les suffrages des Français l’an prochain. 

Reste à François HOLLANDE à convaincre les Français qu’il incarne une véritable alternative à la politique de rigueur budgétaire, de régression sociale et de dissension républicaine de la Droite. Le défi n’est pas mince, tant les socialistes ont souvent déçu par leurs tergiversations, encore l’année dernière sur les retraites, et plus particulièrement ces dernières années face à la dérive libérale de la construction européenne. Le défi est d’autant plus aigu que confrontée à la crise de l’euro et de la dette, une partie de la social-démocratie européenne accumule les renoncements et désespère les peuples. Or la sortie de crise ne passera pas par la rigueur, qui fait trinquer les classes moyennes et populaires sans relancer la croissance. La reconquête par les pouvoirs publics de marges de manœuvre – réforme fiscale, politique industrielle, intervention dans la sphère bancaire, renforcement politique et budgétaire de l’Europe – devra permettre au contraire la relance économique, une meilleure justice sociale et l’amorce d’une véritable transition écologique. C’est à vrai dire un nouveau modèle de développement qu’il faut proposer aux Français, fondé sur une production durable et une meilleure répartition des richesses.

Conscient de ces enjeux, soucieux aussi de rassembler les socialistes, François HOLLANDE sera bien avisé de s’appuyer sur le projet du PS, adopté à l’unanimité en mai dernier. C’est un projet solide qui contient la plupart des outils nécessaires au réarmement de la Gauche. A cet égard, le débat télévisé de l’entre-deux-tours a permis au candidat de lever quelques doutes en se prononçant clairement pour le rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, la mise sous tutelle des banques, le non-cumul inscrit dans la loi ou encore le principe de réciprocité commerciale aux frontières de l’UE… Mais ces derniers temps, son entourage s’applique à brouiller le message du candidat, que ce soit sur les retraites, sur le nucléaire, ou sur les 60 000 créations de postes dans l’Education nationale. François HOLLANDE aura intérêt à revoir aussi son « contrat de génération », dont les débats ont prouvé le peu d’efficacité, et à mettre plutôt l’accent sur l’allocation d’autonomie et sur les contrats d’avenir prévus pour la jeunesse par le projet du PS. Il conviendra enfin d’être particulièrement vigilant vis-à-vis des tentations d’ouverture au centre, perceptibles chez plusieurs soutiens du candidat notamment au Sénat. Sur le plan tactique, ce serait mettre en péril l’union de la Gauche et donc la victoire en 2012. Sur le fond, ce serait un ralliement inadmissible à la pensée unique libérale, qui fait tant de ravages actuellement dans l’Union européenne.

Les primaires citoyennes ont donné à François HOLLANDE une forte légitimité, ainsi qu’une immense responsabilité. Il lui revient désormais de tirer toutes les leçons de ce scrutin et d’éviter les faux-fuyants pour se montrer à la hauteur de la crise européenne, répondre aux attentes du peuple de Gauche et incarner pour la majorité des Français une véritable alternative à la politique actuelle. Ce sont les conditions non seulement pour battre Nicolas SARKOZY, mais pour ensuite faire bouger les lignes et mettre en œuvre une politique de transformation sociale qui ne déçoive pas les Français.

lundi 3 octobre 2011

Martine Aubry, une candidate qui ne décevra pas la gauche



Passés le buzz médiatique et l'ornière de la personnalisation, les primaires des 9 et 16 octobre 2011 vont permettre aux citoyens de gauche de choisir entre des orientations politiques différentes. Quel changement voulons-nous voir porter par le candidat de la gauche en 2012 ?



  • Des restrictions européennes au libre-échange face au dumping social et environnemental,
  • La modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de l’usage de leurs profits,
  • Une Banque Publique d’Investissement,
  • La sortie progressive et définitive du nucléaire,
  • Le droit à prendre sa retraite à 60 ans,
  • L’encadrement des loyers dans les zones de spéculation,
  • Une allocation d'études et 300 000 emplois d'avenir pour la jeunesse,
  • Le droit au mariage et à l’adoption pour tous les couples,
  • Le non cumul des fonctions et des mandats pour les ministres, députés et sénateurs…
Ce sont quelques-unes des propositions portées par Martine Aubry. Que l'on vote socialiste ou non au 1er tour des Présidentielles, ces propositions - et leur présence ou non au 2nd tour - ne peuvent nous laisser indifférents. Elles contribuent à faire de Martine Aubry la mieux placée pour battre Sarkozy en rassemblant la gauche autour d'un projet ambitieux de transformation écologique et sociale.

"Martine Aubry, une candidate qui ne décevra pas la gauche". C'est le titre de l'appel lancé aux électeurs de toute la gauche par le courant socialiste Un monde d'avance emmené par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli.

Toutes les propositions de Martine Aubry sur www.martineaubry.fr

jeudi 1 septembre 2011

Les enjeux autour du collège unique occultés du débat pour 2012 ?

source : www.parti-socialiste.fr

Cette année encore, plus de trois millions d’élèves feront leur rentrée au collège dans une surprenante indifférence politique et médiatique. On entendra certes les syndicats, comme chaque année, dénoncer les suppressions de postes. 4800 postes d’enseignants en moins dans le secondaire (collège et lycée) pour 80 000 élèves supplémentaires ! L’équation semble aberrante, mais les ravages sont plus discrets que dans les écoles où un enseignant en moins se traduit par une suppression de classe et des parents très vite mobilisés. Au collège, les effectifs par classe s’alourdissent au fil des années, les travaux en demie classe disparaissent, les remplacements sont de moins en moins assurés et les travailleurs précaires de plus en plus nombreux. Le collège souffre en silence. Seules ses bouffées de violence lui donnent accès aux médias.

Le collège est un monde à part, un fragile bouillon de culture commune, un révélateur aussi des tensions de notre société. Les enfants de tous milieux et de tous niveaux se frottent aux savoirs disciplinaires et aux divers professeurs qui les incarnent, ils font le  rude apprentissage du travail personnel et de l’évaluation sanction, tout en vivant leur propre mue adolescente dans un cadre collectif rarement serein. Les enseignants peinent souvent à prendre en charge des élèves si divers, pour qui l’école ne fait pas toujours sens ou qui rechignent à respecter les règles. C’est là aussi que s’opère un premier tri social, cristallisant les inégalités scolaires et dessinant les avenirs individuels. Dernier échelon de la scolarité commune, le collège est directement exposé à la critique des comparaisons internationales de type PISA, venues confirmer combien les écarts de niveau se creusent, avec une croissance inquiétante du nombre d’élèves en grande difficulté (environ 15% des collégiens) et une reproduction sociale des inégalités scolaires supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE.

Ces dernières années, la droite a discrètement pris pour cible le collège, dont les maux sont vus comme autant de preuves d’échec des politiques de mixité sociale. Dépeçage des moyens humains jusqu’à l’os dans le public mais financement accru du privé, mise en concurrence des établissements publics entre eux par la désectorisation, démantèlement de la formation des enseignants… Au nom du libre choix éducatif et d’une pseudo égalité des chances, les gouvernements successifs ont encouragé les stratégies individualistes des familles et méthodiquement déstabilisé le service public d’éducation nationale en se concentrant sur son échelon le plus fragile, le collège.

Pour l’après 2012, l’UMP veut en finir pour de bon avec le collège unique instauré par le ministre René HABY en 1975. Malgré de réels clivages internes, deux conventions tenues en novembre 2010 et juin 2011 lui ont permis de préciser son programme pour « passer du collège unique au collège pour chacun ». Le parti présidentiel développera des établissements de réinsertion scolaire pour les perturbateurs et les décrocheurs. Il rétablira un examen d’entrée en 6e et permettra au chef d’établissement de recruter son équipe enseignante. En ville, les élèves seront regroupés dans des collèges par classe plutôt que par quartier (un collège pour les 6e-5e, un autre pour les 4e-3e) et des filières pré-professionnelles seront récrées dès la 4e – des « prépa pro » ou encore des classes « métiers-études ».

Bref, un projet rétrograde et dangereux ! Rétrograde car à contre-courant des recherches scientifiques qui convergent pour montrer la supériorité des modèles éducatifs dotés d’un tronc commun allongé et intégré, avec des classes hétérogènes excluant les filières précoces. Dangereux aussi dans son renoncement à faire progresser le niveau d’éducation, la cohésion sociale et l’unité nationale dont notre République a tant besoin.

Que propose le PS pour réinventer le collège unique ? Adopté par la convention du 28 mai 2011, le projet socialiste pour 2012 inclut un ambitieux volet éducatif, mettant l’accent sur la petite enfance et le début de la scolarité, mais aussi sur l’enseignement supérieur. Toutefois  il n’y est guère question du collège, qui n’est même pas cité en tant que tel. Tout juste les socialistes s’engagent-ils à « améliorer la transition à l’entrée en sixième » et à élaborer de nouveaux programmes « combinant de solides bases disciplinaires, une pédagogie du projet, de l’expérimentation et du travail en équipe, et une place accrue données aux activités artistiques et culturelles, à l’expression orale et à l’enseignement technologique ». Des propositions essentielles sont aussi formulées pour revaloriser le métier d’enseignant, rétablir pour eux une véritable formation initiale, mobiliser l’ensemble des acteurs autour de projets éducatifs locaux et rendre plus efficace l’éducation prioritaire et la sectorisation – qui sera revue en intégrant un indice de mixité sociale et en y impliquant le privé.

Les principaux candidats socialistes à la présidentielle sont-ils prêts à réformer le collège ? On peut en douter du côté de François HOLLANDE qui, dans son projet présidentiel, donne priorité à la réduction de la dette publique et n’envisage d’éventuelles créations de postes qu’au primaire et sous forme de redéploiements. Or aucune réforme structurelle valable ne sera possible au collège sans y remettre en même temps davantage de moyens humains, au moins dans les établissements les plus sensibles. Dans sa Lettre aux Français, Martine AUBRY propose clairement des recrutements nouveaux là où ils sont le plus nécessaires. Elle fait aussi de la lutte contre l’échec au collège une priorité. Dans une interview au Monde du 1er septembre, elle développe des pistes stimulantes pour une « refondation de l’école ». Mais elle devra faire des choix parmi la variété des points de vue présents dans son entourage.

Solférino compte encore quelques nostalgiques de « l’école fondamentale », qui n’ont pas digéré les arbitrages des années 1970-1980 en faveur de l’unification du corps enseignant au collège sur le modèle du secondaire. Oui, il faut davantage d’unité et de cohérence sur l’ensemble de la scolarité obligatoire. Mais faire du rapprochement avec l’école primaire, notamment de la polyvalence des enseignants, la clé de voûte de la réforme du collège, c’est se mettre à dos toute une profession et vouer ainsi à l’échec toute réforme structurelle, alors que rien ne prouve la pertinence de cette proposition. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui avec une authentique aspiration démocratique, s’accrochent à la notion de « socle commun de connaissance et de compétences » introduite par la loi Fillon de 2005. Hélas ils n’en perçoivent pas les effets pédagogiques délétères à l’œuvre aujourd’hui via le Livret Personnel de Compétence (LPC) et l’émergence d’un enseignement à deux vitesses : les programmes et la préparation au lycée pour les bons élèves, le socle et l’orientation précoce pour les autres. Beaucoup à Solférino insistent enfin sur la « personnalisation » des réponses éducatives, une intention louable, à condition qu’elle s’appuie sur des pédagogies différenciées mises en œuvre d’abord au sein de la classe hétérogène, plutôt que sur la reconstitution de classes de niveau et donc d’un collège à plusieurs vitesses.

Pourtant, ni les idées ni les bonnes volontés ne manquent pour construire, en partant de l’existant, un collège unique plus juste, plus humain, plus ambitieux. Pour le PS, on lira avec intérêt le rapport Un collège commun et ambitieux publié fin 2010 par le Laboratoire des Idées, présidé par le député Christian PAUL. Mais il est surtout frappant de constater – malgré quelques vieux clivages et d’incontournables débats sémantiques – les convergences qui se dessinent au fil des divers travaux et  colloques que les acteurs du monde éducatif ont récemment consacré à ces questions. On retiendra notamment la refonte des rythmes scolaires (emploi du temps hebdomadaire et rythme annuel repensés, intégration du travail personnel au temps scolaire…) ; la redéfinition des programmes et de l’architecture des enseignements disciplinaires pour des contenus plus accessibles et mobilisateurs ; la formation et l’encouragement des enseignants aux pédagogies différenciées, actives et coopératives, à d’autres formes d’évaluation, au travail en équipe et au tutorat ; une véritable coopération de tous les acteurs éducatifs à l’échelle de l’établissement et du bassin de formation ; une autonomie pédagogique accrue des établissements dans un cadre règlementaire national (programmes et horaires obligatoires) et avec des moyens pérennisés…

Il serait regrettable que la Gauche, empêtrée dans des débats idéologiques désuets, bâtisse un projet éducatif pour 2012 qui occulte la question du collège, laissant le champ libre à la Droite pour préparer l’opinion à l’extraordinaire régression éducative que serait le démantèlement du collège unique.

 
Quelques pistes de lectures :  

lundi 4 avril 2011

Les enjeux souterrains de la transition énergétique

source : www.paris.fr
L'accident nucléaire de Fukushima a mis dramatiquement en relief le défi écologique auquel sont confrontées nos sociétés modernes, celui d'une transition vers des énergies propres et renouvelables. L'énergie phénoménale dégagée par le séisme, qui a provoqué le tsunami à l'origine de l'accident, est aussi à mettre en regard de notre dépendance énergétique vis-à-vis des ressources du sous-sol. A défaut de savoir mettre le soleil en boîte, nous devrons toujours faire la part belle, dans notre "bouquet énergétique", aux énergies du sous-sol. Encore faut-il ne pas se tromper d'objectif...

Vendredi dernier, le Maire de Paris inaugurait une installation pionnière de chauffage par la récupération de chaleur des égouts. Ce procédé écologique innovant, incluant une pompe à chaleur, équipe désormais l'école de la rue de Wattignies (12e) dont les besoins annuels en chauffage seront couverts à plus de 70% par cette énergie nouvelle, qui se substitue au gaz de ville. L'école devrait ainsi diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre. A terme, d'autres installations verront le jour et la chaleur des égouts de Paris pourrait théoriquement chauffer jusqu'à 10% de ses habitants ! L'installation de la rue de Wattignies a été réalisée pour le compte de la Ville de Paris par la Lyonnaise des Eaux (groupe GDF Suez) et la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU) qui est aussi une filiale de GDF Suez. Près d'un quart des Parisiens utilise la chaleur de la CPCU, issue à 46% de l'incinération des déchets ménagers non recyclables. La CPCU cherche désormais à développer la géothermie, avec notamment deux puits récemment creusés à 1800 mètres de profondeur dans le Nord-Est de Paris. L'Île-de-France représente un potentiel géothermique important, qui fait l'objet d'un plan de relance voté par le Conseil régional en 2008.

Qu'il s'agisse de géothermie ou de chaleur des égouts, une entreprise comme GDF Suez sait investir dans les énergies renouvelables, pour peu qu'elle y soit incitée par les pouvoirs publics. La fièvre de l'or noir n'a pas pour autant fini de galvaniser les multinationales de l'énergie... C'est ainsi que le même GDF Suez, mais aussi Total et Schwepbach Energy, ont obtenu de l'Etat en 2010 trois permis de prospection de gaz de schiste dans une vaste zone d'environ 10 000 km² s'étendant de Montélimar à Montpellier ! Jeudi dernier, le groupe socialiste du Conseil régional d'Île-de-France organisait l'avant première du film documentaire Gasland qui décrit les ravages causés aux Etats-Unis par l'exploitation massive des gaz et des huiles de schiste depuis quelques années. Outre qu'elle poursuit la logique délétère de recours aux énergies fossiles, cette exploitation d'un gaz et d'un pétrole dits "non conventionnels" utilise en effet une technique de "fracturation hydraulique" du sous-sol nécessitant des quantités d'eau gigantesques et provoquant des pollutions dramatiques des nappes phréatiques.

L'Île-de-France sera-t-elle touchée par la fièvre du gaz de schiste ? Toreador, une petite société française liée à Julien Balkani (demi-frère de Patrick, proche de Nicolas Sarkozy), se prépare à un premier forage exploratoire d'huile de schiste à Doué (Seine-et-Marne). Mais ici comme en Ardèche ou sur le Larzac, citoyens et politiques se mobilisent. Une pétition nationale circule, des manifestations jaillissent, la droite semble se diviser, et les députés socialistes préparent pour la mi-mai un proposition de loi visant à interdire l'exploration et l'exploitation des huiles et gaz de schiste. Reste la collusion initiale entre décideurs publics et intérêts privés, au détriment de l"intérêt général.

Pour faire les bons choix face au défi énergétique qui nous attend, ne serait-il pas plus sage de recréer un pôle public de l'énergie, qui inclurait les grandes entreprises françaises de l'électricité, du gaz et du nucléaire, tout en garantissant une forme de contrôle public sur Total ? Ce serait un outil efficace pour assurer à la fois la sécurité d'approvisionnement énergétique du pays, l'accès de tous à une énergie à prix modéré et un investissement massif dans les énergies propres et renouvelables.

vendredi 18 mars 2011

EAU PRINTEMPS : Atelier, balades, débats, installations plastiques, expos... dans le 12e




Ce 22 mars 2011, la journée mondiale de l'eau aura pour thème "l'eau pour les villes : répondre au défi urbain". A cette occasion, l'association "L'eau est le pont" propose du 19 mars au 7 avril, avec le soutien de la Mairie du 12e, un programme d'atelier, de balade urbaine, de projection-débat, d'installations plastiques et d'expositions (programme détaillé ci-dessous).

Cette journée mondiale de l'eau sera l'occasion de revenir sur les enjeux qui ont conduit la Ville de Paris à remunicipaliser son eau. Elle sera aussi une invitation à ceux d'entre nous qui n'y ont pas encore goûté, à découvrir au jardin de Reuilly la Pétillante, une fontaine à eau innovante puisqu'elle distribue, outre de l'eau à température ambiante, de l'eau rafraîchie et de l'eau pétillante !



PROGRAMME :

Atelier et performance, le samedi 19 mars, avec l'association Paris Label
- Atelier « L'eau de ma vie, l'eau de ma ville »
(tout public), de 10 h 30 à 12 h 30 : devant la Maison des associations fabrication de petits « cata' marrants » porteurs de messages en rapport avec cet élément, pour une mise à la flottaison dans l'eau du caniveau l'après-midi...
- Déambulation poétique et plastique
Entre la Place Félix Eboué et l'entrée du Jardin de Reuilly, de 15 h 00 à 16 h 30 : mise à l'eau des petites embarcations qui nous guideront sur un parcours riche en surprises jusqu'à la fontaine « la Pétillante » où un goûter sera offert et les messages dépouillés et lus.


Installations plastiques, du 18 mars au 7 avril, par l'association Paris Label
- Sur un Nuage, d'Anne Maurange à l'entrée du jardin de Reuilly : Eau-nature, -plaisir, -légéreté... Mais qu'en est-il de nos bouteilles vides, objets de dégradation ?
- Water Lily* de la City, de Paule Kingleur au Parc de Bercy : Le printemps se révèle sur le miroir de l'eau à travers de drôles de fleurs aquatiques. Installation flottante de plus de 200 nénuphars urbains.


Balade urbaine, le dimanche 20 mars à 14 h 30, par l'association Percevoir"Points de vue de l'eau dans le XII° arrondissement"Découvrir ou redécouvrir son quartier avec l'eau pour guide. Tout public ; durée 2 h 30 ; accès libre, rendez-vous : sortie du métro « Cour St-Emilion ».

Expositions photos, du lundi 21 mars au vendredi 8 avril, à la Maison des ensembles,
"De regards en reflets"
La ville, l'eau, hier et aujourd'hui dans l'oeil de deux photographes : Henri Guérard et Stéphane Santini. Projection nocturne en façade les 21, 22, 23 et 30 mars (de 18 h 00 jusqu' à l'aube).


Projection-débat, le mardi 22 mars à 19 h 30 : sur la péniche ALTERNAT, Port de Bercy :"Les enjeux de l'eau à Paris, et eau-delà".
"Su", (l'eau en turc) documentaire de 28', réalisé par Clément Juillard pendant le forum mondial de l'eau à Istanbul (mars 2009), en présence de MM. Mohamed Larbi Bouguerra, ancien directeur associé au CNRS, coordinateur du programme Eau de la fondation C-L Mayer pour le progrès de l'homme, et Joël Josso, secrétaire de la coordination Eau Île-de-France.


Vernissage des expositions et rencontre avec les artistes, le mercredi 30 mars à 19 h à la Maison des ensembles, suivie de la présentation d'un court-métrage
"Sécheresse" (23', 2010) réalisé l'été 2010 par des jeunes palestiniens dans un camp de réfugiés, lors d'ateliers avec l'association
"Regarde à vue".


Adresses :
- Maison des associations : 181 Avenue Daumesnil 75012 Paris
- Maison des Ensembles : 3/5 Rue d'Aligre -75012 Paris tous les jours sauf dimanche - 01 53 46 75 10
- "La Pétillante", fontaine d'eau gazeuse : Jardin de Reuilly entrée par l'avenue Daumesnil - Mairie du XII°
- "Sur un nuage" : entrée du jardin de Reuilly, Avenue Daumesnil
- "Water Lily de la City" : Bassin des nénuphars du parc de Bercy à côté de la Maison du lac
- Péniche ALTERNAT : Port de Bercy Aval accès par le Quai de Bercy, en amont du Pont de Bercy, au niveau du Palais Omnisports de Paris - Métro Bercy ou Quai de la Gare



L'EAU EST LE PONT- Paris XII°
Renseignements : 01 71 73 47 84
http://leauestlepont.free.fr

mardi 11 janvier 2011

Bonne année sylvestre !


Quand l’ONU promeut 2011 année internationale des forêts, elle touche au rapport intime que chacun d’entre nous entretient avec ce milieu naturel. Ainsi, j’aime les hêtres de la forêt d’Irati au Pays Basque photographiés par Jérôme Borda, ou plus proche de moi les paysages du Bois de Vincennes dont s’est emparé Jean-François Valantin. Mais pris entre nostalgie bucolique et émotion esthétique, mesurons-nous l’enjeu politique qu’est devenue la forêt, y compris en France ?

Le sommet de Cancun s’est achevé en décembre dernier sur un accord qui marque un progrès dans la lutte contre la déforestation mondiale. Le combat est décisif, tant pour la préservation de la biodiversité que pour la lutte contre le réchauffement climatique. On estime en effet qu’environ 13 millions d’hectares de forêt disparaissent chaque année dans le Monde, provoquant 20 à 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, principalement en zone tropicale. Cancun a adopté un premier cadre international pour le dispositif REDD (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation) qui consiste à amener les pays concernés à protéger leurs forêts en échange de moyens conséquents. Toute référence au marché du carbone a été exclue du texte, au grand dam des lobbies capitalistes. Mais de multiples questions restent ouvertes, notamment sur la dimension sociale du combat contre la déforestation (droits et intérêts des peuples autochtones), rappelant la difficulté récurrente à mettre en œuvre des politiques de développement durable alliant protection de l’environnement et progrès social.

A son échelle, la forêt française aussi recule. En 2008, elle a diminué de 28000 hectares. Il s’agit d’un tournant historique, après une période continue d’accroissement de la surface forestière nationale depuis le milieu du XIXe siècle : de 9 à 16 millions d’hectares, soit aujourd’hui près de 30% du territoire national (4e rang européen). La forêt est principalement victime de l’artificialisation croissante des sols (extension du bâti et des infrastructures), dans une moindre mesure de la reconquête par l’agriculture de certaines surfaces boisées. Elle souffre aussi d’un désinvestissement flagrant depuis une dizaine d’années, qui ne s’explique pas seulement par la déprime due aux grandes tempêtes et aux aléas des prix du bois. L’Office National des Forêts (ONF), qui gère les forêts publiques soit 27 % de la surface forestière,  doit désormais réduire ses effectifs de 1,5% par an et se plier à l’impératif de rentabilité – « produire plus tout en préservant mieux la biodiversité » résumait le Grenelle de l’Environnement. Sur le terrain, les forestiers doivent couper plus de bois, des arbres plus jeunes, et gérer des surfaces toujours plus vastes. Le malaise des personnels est patent, qui s’est traduit par plusieurs suicides, et les syndicats redoutent à terme la privatisation de l’office… 

Pour la forêt aussi, faisons le vœu d’un service public revigoré !

Paradoxalement, ce sont les forêts des métropoles occidentales qui font aujourd’hui l’objet d’un soin maximum. Ainsi dans le 12e arrondissement de Paris, le Bois de Vincennes est une forêt urbaine hautement protégée. Sur les 995 hectares du Bois, la moitié environ est couverte par le massif forestier, le reste étant constitué de prairies arborées, de lacs et rivières, de routes et de divers équipements (INSEP, Cartoucherie, Hippodrome etc.). Non seulement le Bois est un « Espace Boisé Classé à Conserver », mais la Mairie de Paris s’est dotée en 2003 d’une Charte d’aménagement durable du Bois, signée avec les communes riveraines, visant notamment à garantir un espace naturel de qualité propice à la biodiversité. Malgré les multiples usages du Bois liés à ses équipements et à son implantation urbaine, la forêt est préservée et la Mairie travaille même à transformer d’anciennes routes en voies forestières. Parallèlement, depuis 2007, la Ville mobilise ses habitants dans le cadre de l’opération « 1 Parisien, 1 arbre » afin de soutenir financièrement des opérations de reboisement au Cameroun, à Madagascar et en Haïti.

Souhaitons qu’en  2011, les Parisiens nous accompagnent – nous leurs élus – pour développer encore la mise en valeur de notre patrimoine arboricole et forestier.

jeudi 25 novembre 2010

Un nouveau pacte éducatif pour plus d’égalité


Dans le combat pour le progrès social, le système éducatif ne peut pas tout ; mais il reste déterminant pour agir à la racine des inégalités. Ce n’est donc pas un hasard si le projet éducatif du PS occupe une place majeure dans le texte sur « l’égalité réelle » qui sera soumis au vote des adhérents socialistes le 2 décembre, avant sa ratification en convention nationale le 11 décembre.

Pourquoi proposer à la Nation un nouveau pacte éducatif ? Il y a d’abord urgence à inverser la logique de démantèlement que la droite fait subir à l’école publique, par la mise en concurrence des établissements, par leur étranglement financier et par la remise en cause de la formation des enseignants. Les socialistes devront surtout transformer une école républicaine restée très élitiste, où la reproduction sociale marche à plein et qui creuse les écarts de niveau scolaire. Alors que la France est appelée à relever son niveau de qualification pour assurer son avenir, le taux de bacheliers au sein d’une génération stagne autour de 60-65% depuis une quinzaine d’années, on assiste même depuis peu à un recul de la scolarisation des jeunes de 18 ans. Une nouvelle politique de démocratisation scolaire s’impose !

Nos réformes s’appuieront sur une augmentation substantielle de la dépense éducative, alors qu'elle est passée de 7,6% à 6,6% du PIB entre 1995 et 2008. L’effort devra porter notamment aux deux bouts de la chaîne éducative. D’un côté, la création d’un véritable service public de la petite enfance et l’instauration de la scolarité obligatoire dès 3 ans sont primordiales pour lutter contre les inégalités à la racine. De l’autre côté, l’alignement des conditions d’études à l’université sur celles des classes préparatoires apparaît indispensable pour lutter contre l’échec massif en 1er cycle et contre la reproduction sociale des élites.

Mais pour réussir, nos réformes devront aussi repenser le temps de la scolarité obligatoire. Ainsi les rythme éducatifs doivent être adaptés, à tous les niveaux, aux rythmes propres des enfants : nous rallongerons l’année scolaire et nous organiserons la semaine de cinq jours, assurant aux élèves des journées mieux équilibrées. L’accompagnement du travail personnel sera inclus dans le temps éducatif, au sein de l’école, au moins jusqu’en 5e. L’acquisition d’une culture commune par l’ensemble des élèves supposera aussi d’ouvrir une large concertation, avec les citoyens et les personnels, sur les finalités de l’Ecole, dont le fonctionnement actuel repose encore trop sur la sélection par l’échec. Le débat devra porter sur les contenus, comme sur les méthodes d’apprentissage et d’évaluation.

Les socialistes ne pourront se contenter de reprendre le « socle commun de connaissances et de compétences » : sa mise en œuvre par la Droite a conduit à une inflation de référentiels dont les contenus et les modalités de validation sont aujourd’hui critiqués par beaucoup d’enseignants. Nous devrons affirmer une vision de gauche, plus ambitieuse, sur les savoirs et les compétences attendus d’une éducation républicaine. Cette culture commune, pour être acquise par tous, impliquera d’en finir avec le redoublement – cher et scolairement inefficace – au profit d’une pédagogie individualisée, mais inscrite dans le cadre privilégié de la classe, s’appuyant sur le travail d’équipe, sur la rénovation des disciplines et sur la remise à plat des modes d’évaluation. Ces transformations permettront notamment d’assurer enfin le succès du collège unique.

L’écart entre les établissements de centre ville et ceux des quartiers populaires ne cesse de se creuser. Or loin de ne bénéficier qu’aux plus faibles, l’hétérogénéité fait progresser l’ensemble des performances scolaires. Ainsi la ségrégation à l’œuvre dans l’Ecole française est tant injuste qu’inefficace. Nous devrons donc renouveler et renforcer la carte scolaire en ajoutant aux critères géographiques un indice de mixité sociale, auquel l’enseignement privé sera également soumis. Et il faudra donner réellement plus de moyens à l’éducation prioritaire, de façon à augmenter les taux d’encadrement, mais aussi à créer des options attractives et valorisantes.

Les enseignants seront au cœur du pacte que nous voulons construire entre la Nation et son école. Sollicités pour mettre en œuvre les nécessaires transformations du système éducatif, ils devront voir leur métier revalorisé, y compris leurs salaires. Ravagée par la droite, leur formation professionnelle devra être rebâtie, avec un recrutement en fin de 4e année universitaire (master 1), puis une année de stage rémunérée (5e année, master 2) suivie d’une année de formation continuée avec un service réduit. Afin de garantir une plus grande mixité sociale dans le recrutement des enseignants, nous mettrons aussi en place un système de pré-recrutement.

Ne donne-t-on pas une place excessive à l’école, au détriment de l’égalité sociale ? C’est la question troublante que posent François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout dans Les sociétés et leur école (Seuil, 2010). En comparant entre eux une trentaine de pays, les auteurs constatent qu’une forte emprise du diplôme sur le destin social contribue paradoxalement à accroître les inégalités scolaires et la reproduction sociale. Quand un pays comme la France considère que le diplôme doit déterminer strictement la position sociale, la lutte pour son obtention pèse lourdement sur le système scolaire, au détriment de sa dimension éducative et culturelle. Bref, trop d’école tue d’école ! Au-delà de sa thèse polémique sur « l’inflation scolaire », ce livre est une invitation salutaire à bâtir une école moins utilitariste, tout en cherchant à diversifier les voies de l’égalité réelle.

Lien vers le texte de la convention "égalité réelle"