lundi 17 mai 2010

Convention du PS pour un nouveau modèle de développement : l'espoir à gauche


Il y a 18 mois au congrès de Reims, les socialistes donnaient le spectacle de leurs divisions, renouant ainsi avec le mal qui les ronge depuis leur défaite du 21 avril 2002. En pleine crise financière mondiale, ils s’empêtraient encore dans les faux débats entre partisans et adversaires de l’économie de marché, entre "internationalistes" et "protectionnistes", entre "modernes" et "archaïques", entre aubrystes, ségoléniste et hamonistes, s’interrogeant même sur l’opportunité d’une stratégie d’alliance avec le Modem de François Bayrou.

A lire le nouveau projet économique, social et écologique que les adhérents socialistes s’apprêtent à approuver jeudi prochain, le temps des divisions et du louvoiement semble révolu. Le texte qui sera proposé au vote des militants a en effet été adopté à l’unanimité du Conseil national du PS. Quelques personnalités réservées vis-à-vis de cette orientation, telles que Gérard Collomb, Manuel Valls ou François Rebsamen, ont déposé une contribution sans oser la mettre au vote. Sur le fond, le texte soumis au vote marque une rupture salutaire avec l’ambiguïté et la logique d’accompagnement du système actuel qui ont trop souvent caractérisé les positions du PS.

Les socialistes partent d’une analyse sans concession de la faillite du capitalisme financier "qui a laissé s’accumuler, depuis une trentaine d’années, de profonds déséquilibres économiques, sociaux, humains et écologiques". Reconnaissant au passage les limites de la gauche de gouvernement qui "n’a pas suffisamment engagé le changement profond de modèle de société qui était nécessaire", les socialistes promeuvent la régulation et l’intervention publiques dans la sphère économique pour redonner priorité aux objectifs à long terme que sont la justice sociale et le bien-être, l’éducation et la culture, la sobriété énergétique et la préservation de la biodiversité.

Le PS appelle à "un nouveau contrat social européen" et mondial. Alors qu’actuellement elle dérégule les marchés, met en concurrence les Etats et leur impose des politiques de rigueur désastreuses, il est impératif que l’UE intègre enfin les objectifs de croissance, d’emploi et de convergence sociale, et qu’elle se dote d’un gouvernement économique, avec un budget fédéral appuyé sur un impôt européen et sur une capacité d’emprunt propre. Les directives de libéralisation doivent être renégociées. Et pour substituer au libre-échange le "juste échange", l’UE doit utiliser des tarifs extérieurs communs spécifiques pour les filières menacées et créer à ses frontières des "contributions sociales et environnementales". L’UE doit militer pour replacer le commerce au service des pays les plus pauvres et pour que les normes internationales sociales, sanitaires, culturelles et environnementales acquièrent une valeur juridique qui les rende opposables au principe du libre commerce dans le cadre de l’OMC.

A contrario des poncifs néo-libéraux présentés comme les remèdes à l’actuelle crise européenne, les socialistes sont favorables à "des politiques budgétaires contracycliques". L’Etat doit pouvoir financer les politiques de relance nécessaires pour contrer les récessions et revenir à l’équilibre budgétaire en période de croissance, ce qui suppose notamment la mobilisation de nouvelles ressources par une fiscalité plus juste et mieux répartie. Il est ainsi à craindre que la réduction drastique de la dépense publique, notamment imposée à la Grèce par le FMI et les institutions européennes, n’aboutisse qu’à amplifier la récession !

En France, la puissance publique doit être le moteur d’un nouveau modèle de production, orienté vers une croissance saine, sélective et durable. L’Etat doit se doter d’outils de planification, d’un pôle public d’investissement industriel et d’un pôle public financier. Il doit pouvoir recourir aux nationalisations et développer les services publics. Les investissements publics tout comme la fiscalité des entreprises comporteront des critères sociaux et environnementaux.

Face à la crise sociale, l’emploi et les salaires appellent des mesures fortes, incluant une assurance chômage étendue, un droit du travail plus protecteur, la réhabilitation des 35 heures ou encore la mise sous tutelle des entreprises florissantes qui licencient. Le rééquilibrage au profit des salariés du partage de la valeur ajoutée et des gains de productivité passe par une hausse du SMIC, par une conférence salariale annuelle, par une fiscalité incitative ou encore par une échelle des salaires de 1 à 20 dans les entreprises avec participation publique. De nouvelles ressources doivent être trouvées pour pérenniser le financement la protection sociale, notamment pour préserver la retraite à 60 ans et renforcer les moyens de l’hôpital public. Enfin, une ambitieuse politique du logement passe par la reconquête des logements vacants, la construction massive de logements sociaux et le recours si nécessaire au blocage des loyers et à la régulation des prix du foncier et de l’immobilier.

Soumis jeudi au vote des adhérents et ratifié en convention nationale le 29 mai prochain, le texte engagera alors tous les socialistes, y compris notre futur(e) candidat aux élections présidentielles. Ce travail sera prolongé par trois autres conventions nationales d’ici la fin de l’année : sur la rénovation politique, sur les questions internationales et sur l’égalité réelle.

Avec ce nouveau modèle de développement, le PS confirme son ancrage au gauche et ouvre avec succès le chantier de son réarmement idéologique et programmatique. Il écarte les faux débats sur "les contraintes de la réalité", ou encore sur la "société du soin" – thème abordé en fait par Martine Aubry à propos des personnes âgées et dépendantes. Rétrospectivement, cette convention donne tort à Jean-Luc Mélenchon et à ses proches – je pense notamment à mon ami du 12e Alexis Corbière –, des camarades de longue date qui désespérés, claquaient la porte du Parti en plein Congrès de Reims, voyant dans les résultats du vote militant la défaite d’une pensée socialiste à la hauteur des défis présents.

Parce qu’il représente une base de discussion crédible pour un programme commun de toute la gauche, ce texte est surtout un point de départ. Il est désormais de notre responsabilité, à nous socialistes, de créer les conditions du rassemblement, car il n’y aura pas de victoire en 2012 pour une véritable transformation sociale, sans unité de la gauche.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire