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mardi 18 décembre 2012

Les Socialistes face à la prochaine étape de l’intégration européenne

Perspectives sombres pour la zone euro, épuisement des peuples face à la crise sociale, verrouillage conservateur des institutions de l'UE : la construction européenne se situe à une étape charnière. A l'approche des élections européennes, la victoire de la gauche en France et la possibilité d'une prochaine alternance à Berlin ouvre des opportunités dont les socialistes français doivent se saisir pour pousser dans le sens d'un saut fédéral, démocratique et social pour l'Union européenne.

Je vous recommande à ce sujet le dossier spécial publié par Un Monde d'Avance :

Dossier du mois spécial Europe : Les Socialistes face à la prochaine étape de l’intégration européenne

lundi 12 novembre 2012

Sur la compétitivité : tribune de Guillaume Balas

Dans le cadre du débat sur le "pacte de compétitivité", je vous recommande la lecture d'un récent communiqué de presse de Guillaume BALAS, secrétaire général d'Un Monde d'Avance :

Compétitivité: ce n’est pas le coût du travail qui est élevé, mais le coût du capital ! par Guillaume Balas

lundi 15 octobre 2012

Refondation de l'Ecole : les premiers arbitrages

 Il s'agissait d'une priorité majeure du candidat François Hollande : la refondation de l'Ecole commence à prendre forme avec les premiers arbitrages suite au rapport de la concertation.

A découvrir sur le site internet de la concertation :

Premiers arbitrages après la remise du rapport de la concertation sur la refondation de l’École de la République

vendredi 20 juillet 2012

Pour une nouvelle culture scolaire

Contribution thématique pour le congrès de Toulouse du PS, 26-28 octobre 2012

Retrouvez et signez cette contribution sur le site du Parti socialiste.

Face au creusement des inégalités et à l’impératif de démocratisation scolaire, François HOLLANDE avait insisté dans son programme sur sa volonté de remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de l’action publique. Cet engagement de campagne s’est d’ores et déjà traduit par des annonces budgétaires et, surtout, par le lancement, le 5 juillet 2012 d’une vaste concertation sur la refondation de l’Ecole, sous l’égide des ministres Vincent PEILLON et George PAU-LANGEVIN.

Nous ne prétendons pas aborder ici tous les enjeux de cette refondation. Nous voulons juste insister sur un point. Tout indispensables qu’elles soient, les réformes organisationnelles ne suffiront pas. L’avènement de l’Ecole de masse, les profondes mutations culturelles de nos sociétés et l’impératif démocratique viennent bousculer les certitudes de l’institution. Franchir une nouvelle étape dans la démocratisation de l’Ecole suppose aussi la refondation de la culture scolaire, pour la rendre plus ouverte à la culture vivante et plus apte à la réussite de tous.

François HOLLANDE l’avait pressenti, qui écrivait dans son programme : « Je donnerai la priorité à l’acquisition des savoirs fondamentaux et d’un socle commun de compétences et de connaissances. Nous transformerons, avec les enseignants, les méthodes pédagogiques » (engagement n°37). Dans le cadre de la concertation initiée par le Gouvernement, cet aspect sera traité par le groupe de travail n°1 (la réussite scolaire pour tous) à travers au moins deux thèmes : « la redéfinition du socle commun » et « le renforcement de l’éducation artistique, culturelle et scientifique ».

A quelques mois d’une nouvelle loi d’orientation pour l’Ecole, ces enjeux nous ont semblé suffisamment politiques pour que nous leur consacrions une contribution dans le cadre du congrès de Toulouse.



1.    Ambition et limites du socle commun


Institué par la loi FILLON (2005), le socle commun de connaissances et de compétences a été progressivement mis en œuvre dans les établissements scolaires, notamment depuis 2010 à travers le Livret Personnel de Compétence (LPC). Hélas, cette réforme n’a pas permis de refonder la culture scolaire.

Le socle commun répondait pourtant à une ambition progressiste du législateur, celle de définir « un ensemble de connaissances et de compétences qu'il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société ». Le socle commun devait devenir le cadre de référence de la scolarité obligatoire, fixant des objectifs qui devaient fédérer tous les efforts de l’Education nationale. Ses concepteurs y voyaient aussi l’occasion d’ouvrir davantage les pratiques des enseignants au travail d’équipe interdisciplinaire et à l’approche par compétences, considérés comme plus efficaces dans le traitement des difficultés scolaires.

Mais les contradictions du socle commun étaient inscrites dans la loi elle-même. Il y était tout d’abord précisé que, « parallèlement à l'acquisition du socle commun, d'autres enseignements sont dispensés au cours de la scolarité obligatoire ». Ainsi le socle se concentrait-il sur les « bases », les « fondamentaux », tandis que perduraient des programmes disciplinaires plus étoffés.

De fait, avec d’un côté le LPC et de l’autre des programmes régulièrement mis à jour, la scolarité obligatoire se trouve aujourd’hui dotée d’un double référentiel, qui risque d’accentuer encore les inégalités scolaires. Il est à craindre que pour une partie des élèves et des établissements, le socle ne devienne un horizon indépassable : « le socle pour tout le monde et la statue pour quelques-uns seulement ! » (Philippe MEIRIEU au Café pédagogique, 4/11/2010). Alors que le besoin d’élever le niveau de qualification se fait plus pressant en France, l’école obligatoire renoncerait-elle à préparer tous les jeunes, à égalité, à la poursuite d’études ?

Autre contradiction inscrite dans la loi, « la scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun », mais en même temps, cette acquisition par les élèves « fait l’objet d’une évaluation qui est prise en compte dans la poursuite de la scolarité ». La loi fixe donc à l’Ecole une obligation de moyens, mais elle impose en même temps l’évaluation des performances individuelles en cours de scolarité – qui ne se réduit pas à la certification finale du socle.

Avec le LPC, cette obligation d’évaluer les élèves s’est même transformée en une véritable frénésie évaluatrice, la validation des compétences étant programmée en CE1, en CM2 et tout au long de la scolarité au collège. Cette validation vient s’ajouter aux évaluations existantes sans qu’aucune réflexion globale n’ait été menée sur la place et le rôle de l’évaluation à l’Ecole. Elle ne fait sens ni pour les élèves, ni pour les familles, ni même pour beaucoup d’enseignants, pour qui elle représente surtout une tâche administrative supplémentaire, difficilement applicable et assurément chronophage.

Couplé au Programme Personnalisé de Réussite Educative (PPRE), prévu lui aussi par la loi FILLON, le LPC enferme par ailleurs la scolarisation des élèves en difficulté dans une individuation dont la logique s’avère pernicieuse, puisqu’elle encourage à traiter la difficulté scolaire hors de la classe et à la contractualiser avec l’élève et sa famille, qui en deviennent donc responsables.

Dans le même sens, la numérisation des données scolaires du LPC via divers outils ministériels (Base Elève, Sconet, Affelnet etc.), au motif de suivre l’élève du primaire au secondaire, mémorise et rend accessible pour de nombreuses années le passé scolaire d’un élève, figeant une image de son cursus incompatible avec notre vision de l’enfant, personne en construction qui a le droit à l’erreur et à l’oubli. L’informatisation croissante du suivi scolaire appelle donc un meilleur encadrement juridique, une réelle information des familles et une transparence accrue quant aux usages et aux utilisateurs autorisés de ces données.

Outre ces craintes légitimes de « fichage », le LPC pose à vrai dire d’immenses problèmes pédagogiques. Il s’appuie sur une conception instrumentale et linéaire des apprentissages, réduits à une somme fragmentée de compétences déclinées en tâches à accomplir, écrasant des pans entiers de la culture mais incluant des comportements normés (notamment dans les compétences 6 et 7). Le LPC juxtapose des items très disparates, de nature différente et de difficulté diverse, qui n’ont rien de mobilisateur pour les élèves et qui rebutent même les enseignants les plus motivés par l’approche par compétences.

Le LPC marque une véritable régression pédagogique qui ne doit pas surprendre. Car avec la loi d’orientation de 2005, le législateur a renoncé à se donner les moyens d’une réforme en profondeur des enseignements – programmes disciplinaires et méthodes pédagogiques. L’Education nationale a fait l’économie d’une réflexion sur ce que devrait être aujourd’hui une culture scolaire démocratique, une réflexion qui tiendrait compte des avancées de la recherche pédagogique (au-delà d’un behaviorisme éculé) ou encore des profondes mutations culturelles de notre époque (décohabitation des générations, banalisation des nouveaux média, dématérialisation des savoirs, mémoires conflictuelles, crise d’autorité de la culture savante, éclectisme des pratiques culturelles et sociales des jeunes etc.).



2.    Construire une nouvelle culture scolaire

« Les pratiques des arts, des techniques ou des sports, la place considérable des images dans la vie sociale ne rencontrent qu’une faible traduction dans la culture scolaire, alors même que les sciences et les mathématiques ont une visibilité réduite et occupent une place dominante au sein du monde scolaire. Déjà, le plan LANGEVIN-WALLON proposait d’accorder une place conséquente aux « arts du faire », à l’action, à la production et à la fabrication dans tous les domaines du savoir. Or l’école continue de produire des exercices scolaires et des pratiques de travail où un exercice chasse l’autre, aussitôt oublié qu’il est noté. Ni la recherche, ni le questionnement, ni le tâtonnement, ni l’analyse des erreurs n’ont une place suffisante dans nos enseignements »
(Denis PAGET, « Ecole et distance culturelle », in Pour en finir avec les dons, le mérite, le hasard, ouvrage collectif dirigé par le GFEN, La Dispute, 2009)


La « redéfinition du socle commun » voulue par le nouveau Gouvernement doit être l’occasion d’ouvrir avec la communauté éducative un vaste chantier, celui de la construction d’une nouvelle culture scolaire. Cette nouvelle voie devra éviter le manichéisme entre deux attitudes : trop s’adapter aux élèves et à leurs pratiques culturelles en renonçant à toute exigence ou sommer tous les jeunes de rentrer dans la culture des élites. Or il y a place, sans aucun doute, pour une réflexion sur les valeurs, sur les cultures vivantes, sur la chance que nous offre aujourd’hui l’intensification des échanges et des dialogues interculturels.

Cette nouvelle culture scolaire, qu’on la nomme « socle commun » ou « culture commune », pourrait se matérialiser dans un document, véritable référentiel final de la scolarité obligatoire. Ce document ne serait pas destiné aux élèves – assurément il faut abandonner le LPC et sortir les enseignements du culte de la performance individuelle pour les replacer dans une perspective commune. Il s’agirait plutôt d’un document cadre pour les programmes disciplinaires et les projets d’établissement.

Les pistes à creuser sont nombreuses, à commencer par la rénovation des programmes eux-mêmes, pour laquelle seule une concertation très large permettra de s’affranchir des corporatismes. Les programmes doivent être revisités, rendus plus accessibles et mobilisateurs, moins chargés en connaissance à mémoriser, plus ouverts sur les cultures vivantes et la construction de l’identité collective, permettant aussi davantage la réflexion critique et la mise en activité. Un document cadre les rendrait plus cohérents entre eux, pour dégager notamment des objets d’étude favorisant un travail interdisciplinaire qui donne plus de sens aux apprentissages.

Plus profondément, il faut reconfigurer et déhiérarchiser les savoirs scolaires, c’est-à-dire en premier lieu revoir l’importance des horaires affectés aux différentes disciplines, mais aussi prendre en compte de nouveaux champs du savoir et de la culture. Ainsi les jeunes doivent être beaucoup mieux formés à la culture visuelle et médiatique, à la diversité linguistique, au droit ou encore aux méthodes documentaires. La technologie, les disciplines artistiques et l’EPS doivent être revalorisées.

La mission de l’Ecole ne doit pas se réduire à l’acquisition d’une somme de compétences et de connaissances, aussi nécessaires soient-elles. Pour éveiller l’élève à la curiosité, l’aider à structurer sa pensée et à former son jugement, l’Ecole doit valoriser davantage une démarche de projets, individuels et collectifs, encourageant les élèves à exercer leur initiative et leur créativité à travers diverses réalisations, y compris des « chefs d’œuvre » qui soient objets de fierté et puissent être présentés (soutenance, exposition, représentation etc.). La variété des productions dans l’établissement témoignera de l’appropriation par les élèves d’une culture scolaire vivante et fera le lien avec la société, ses artistes, ses experts ses associations. L’Ecole gagnera en outre à développer des voies pédagogiques qui combinent savoirs théoriques et méthodes actives, démarches déductives et inductives, argumentation et arts du faire. 

Cette rénovation de la culture scolaire doit inclure une remise à plat de nos modes d’évaluation, allant vers plus de sobriété – la note chiffrée sur le bulletin n’est probablement pas indispensable avant la 4e – et surtout plus d’efficacité en privilégiant la progression, plutôt que la note sanction. A cet égard, les enseignants gagneraient à être formés à différentes méthodes qu’ils pourraient combiner : notation chiffrée ou par grade, contrat de confiance, approche par compétence, évaluation en deux temps etc.

Ce grand chantier appellera quelques bouleversements dans l’organisation des enseignements, dans les processus d’orientation, dans le rapport des jeunes et des adultes à l’Ecole, dans la formation pédagogique des enseignants… Mais seule une refondation de la culture scolaire peut donner sens et cohérence à ces bouleversements.


Premiers signataires :
Laurent TOUZET (secrétaire fédéral à l’éducation, maire adj. Paris 12e), Hazim ABBAS (75), Pierre ARNOUX (75), Violette ATTAL-LEFI (maire adj. Paris 12e), Dominique AUBRY (75), Guillaume BALAS (président du groupe socialiste au Conseil régional d’Île-de-France), Cyril BELIER (75), Muriel BLAISSE (secrétaire de section, Paris 9e), Amine BOUABBAS (75), Evelyne BOULONGNE (75), Pascal CHERKI (député, maire, Paris 14e), Gabrielle CHAMARAT (75), Jean-Louis CHAPUIS (93), Patrick CLASTRES (animateur du groupe « Savoirs et émancipation » du Laboratoire des Idées), Alain CORLET (75), Mathieu DELMESTRE (75), Françoise DUMONT (75), Capucine EDOU (75), Odile GAILLARD (Maire adj. Athis Mons, 91), Emmanuel GREGOIRE (secrétaire de section, Paris 12e), Jean-Pierre GRYSON (75), Sébastien gué (75), Liliane GUIGNARD-GISSELBRECHT (secrétaire fédérale adjointe à l’éducation, 75), Vincent JAROUSSEAU (maire adj. Paris 14e), Aurélie KIENE (75), Egmont LABADIE (75), Simone LANDRY (75), Philippe LEPEUDRY (75), Louise MAISONS (75), Christiane MARCAILLOU (75), Mathieu MARIE (conseiller municipal de Guénange, 57), Delphine MAYRARGUE (secrétaire nationale adjointe au travail et à l’emploi), Laurent MIERMONT (maire adj. Paris 13e), Jean-François MINOT (75), Rodolphe MONGUE-DIN (75), Claire MOREL (conseillère de Paris), Olivia NGON (75), Carine PETIT (maire adj. Paris 14e), Jean-Louis PIEDNOIR (secrétaire de section, ministère de l’éducation nationale, 75), Bastien RECHER (secrétaire fédéral à l’animation politique, 75), Marie-Claude RICHET (75), Anne-Marie ROMERO (75), Michel ROUSSELOT (75), Audrey SAUNION (75), Isabelle SIMON (75), Ambroise SOLOMON (75) Laurent SOUCHARD (93), André STAROPOLI (75), Véronique STEPHAN (75), Gérard SÜSS (75), Guy TABACCHI (conseiller d’arrondissement, Paris 12e).

jeudi 10 mai 2012

Hollande et l’appel aux peuples : un tournant pour la social-démocratie ?

Photo : Elsa Peinturier pour le PS

 « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs d’Etat et de gouvernement, il y a des peuples qui grâce à nous espèrent, regardent vers nous, et veulent en terminer avec l’austérité. Voilà mon message : vous êtes bien plus qu’un peuple qui veut changer, vous êtes déjà un mouvement qui se lève partout en Europe et peut-être dans le Monde, pour porter nos valeurs, nos aspirations et nos exigences de changement ».


 
J’étais place de la Bastille dans la nuit du 6 mai et j’ai entendu cet appel aux peuples prononcé par François Hollande. Passé inaperçu dans les médias, cet appel m’a touché. Non pas tant qu’il renouait avec une geste révolutionnaire et internationaliste dont le candidat socialiste avait jusqu’ici laissé l’usage à son adversaire du Front de Gauche. Il m’a bien plus touché par le sens qu’il donnait à la victoire de François Hollande : une nouvelle et large brèche s’ouvre dans le consensus libéral, rendant possible la « réorientation de l’Europe » dont François Hollande a fait l’un de ses thèmes de campagne. Mon propos laissera les uns dubitatifs, les autres railleurs. À vrai dire, je n’ignore pas la prépondérance des forces conservatrices aujourd’hui en Europe, ni le parcours de ce proche de Jacques Delors que fut François Hollande. Et pourtant…

Ne sous-estimons pas le chemin parcouru. La crise de 2008 et ses conséquences en cascade – en Grèce notamment – n’ont pas peu contribué à faire évoluer les socialistes français vers des positions que seule leur aile gauche défendait quelques années plus tôt. N’oublions pas que c’est le leader du OUI socialiste au TCE en 2005, qui en 2012 mène une campagne présidentielle victorieuse sur la réorientation de la construction européenne, s’engageant à renégocier un traité déjà signé par 25 Etats membres à l’initiative du couple franco-allemand ! Cette irruption inédite du thème européen dans une campagne présidentielle, c’est aussi la reconnaissance par les socialistes que l’Europe de Jacques Delors n’a pas tenu toutes ses promesses : le marché commun et l’union monétaire n’ont pas donné naissance à l’Europe sociale, la méthode communautaire bipartisane a fait long feu.

Le défi n’est pas mince qui attend François Hollande. Si son appel à un « pacte de croissance » trouve déjà beaucoup d’écho en Europe, les conservateurs l’entendent surtout comme un appel à libéraliser davantage les services et le marché du travail. Ils refusent catégoriquement de renégocier le pacte de rigueur budgétaire. Or pour le nouveau président français, hostile à la constitutionnalisation d’une « règle d’or » budgétaire et critique vis-à-vis de la rigueur imposée notamment aux Grecs, l’indispensable relance de la croissance passe au contraire par une réorientation du rôle de la BCE et par le financement de grands projets européens via la création d’euro-obligations, l’augmentation du capital de la banque européenne d’investissement et la taxation des transactions financières.

Si certains dans l’équipe présidentielle pourraient être tentés – face à l’offensive des marchés financiers contre la zone euro – par un compromis au rabais incluant la ratification du traité budgétaire du 2 mars, le président de la République paraît décidé à l’épreuve de force avec la chancelière allemande. Il sait qu’il pourra s’appuyer sur des peuples européens de plus en plus hostiles à la rigueur, qui l’expriment dans les urnes et dans les rues, et qui pourraient à nouveau se faire entendre à l’occasion du processus de ratification enclenché par les Etats. Un référendum est ainsi prévu en Irlande dès le 31 mai et en Allemagne même, Angela Merkel aura besoin des voix du SPD pour assurer la ratification parlementaire du traité. Car c’est là aussi que beaucoup va se jouer, au sein d’une social-démocratie européenne affaiblie par ses échecs et tentée de voir dans la victoire de François Hollande la voie de son redressement.
 
Hélas, sous l’effet de la crise financière et du ras-le-bol social, la construction européenne tangue. L’euro est en difficulté tandis que la contestation populaire gronde, ouvrant la voie au réveil des nationalismes. Une réorientation s’impose et la renégociation du traité budgétaire voulue par François Hollande – qui n’est déjà pas une mince affaire – n’y suffira pourtant pas. Tout d’abord, le poids de la dette dans certains pays est tel que la question de sa légitimité ne pourra être éludée plus longtemps. Surtout, le Parti Socialiste Européen (PSE), en lien avec ses divers partenaires, doit urgemment franchir une nouvelle étape dans la construction d’un projet commun pour réorienter l’Europe. Outre la relance économique, la priorité doit être à la convergence des normes sociales et fiscales, à la régulation de la finance, à la protection des services publics, à la démocratisation accrue des institutions de l’UE ainsi qu’à un plus juste échange dans le commerce international. C’est une question de justice vis-à-vis des peuples, et c’est une question de survie pour l’idéal européen.

Lionel Jospin lui-même notait sur France Inter le 8 mai dernier : « Nous n’aurions pas pu gagner avec le programme de Jean-Luc Mélenchon. Mais si les socialistes ou la gauche au pouvoir appliquent la politique de Papandréou, de Zapatero ou de Socrates, nous échouerons ». A l’heure où beaucoup de commentateurs observent, dans la victoire de François Hollande, le virage social-démocrate du socialisme français, peut-être faut-il surtout y voir le début du virage à gauche de la social-démocratie européenne.

jeudi 19 avril 2012

Avec François Hollande, remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de la République !

La finance et la crise sociale auront dominé les débats de cette campagne présidentielle, occultant une autre dimension de ce scrutin : il est un choix de société entre deux projets antagonistes pour l’éducation nationale.

De Nicolas Sarkozy, nous connaissons le triste bilan, avec des établissements scolaires déstabilisés par un désinvestissement financier massif (77 000 postes supprimés en cinq ans), par l’assouplissement de la sectorisation au nom du « libre choix » et par la mise à mal de la formation des enseignants dont le recrutement est aujourd’hui en crise. Au final « des parents inquiets, des élèves parfois en souffrance, des professeurs fatigués (…), des classes surchargées (…) et surtout l’échec scolaire, inacceptable ! » (François Hollande le 9 février 2012 à Orléans) – on estime que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

De Nicolas Sarkozy, nous aurions tort d’ignorer le projet : réhabilitation de valeurs comme « l’autorité » ; poursuite des suppressions de postes dans le secondaire où le temps de travail des enseignants serait fortement allongé en échange d’une meilleure rémunération ; autonomie administrative et mise en concurrence des établissements (recrutement local des enseignants…) ; fin du collège unique avec des classes pré-professionnelles dès la 4e et l’apprentissage dès 14 ans. Bref une régression programmée du niveau d’études – a contrario des besoins de notre pays – et une libéralisation assumée de notre système éducatif, qui ne pourra qu’accroître encore les inégalités et mettre à mal le pacte républicain ! 

A contrario, si François Hollande a mis l’éducation et la jeunesse au cœur de son projet présidentiel, ce n’est pas seulement pour renouer avec un thème identitaire pour la gauche socialiste, attachée à l’émancipation républicaine par les savoirs et la culture à travers un grand service public d’éducation. C’est aussi que l’éducation et la jeunesse sont la condition du redressement de notre pays, la condition, aussi, de notre cohésion nationale.

Encore faut-il s’en donner les moyens ! Précisément, dans le cadre d’un objectif global de redressement des finances publiques, François Hollande s’engage à investir dans l’éducation pour préparer l’avenir. 60 000 postes supplémentaires seront ainsi créés (12 000 par an), pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales… Ils permettront notamment l’accompagnement personnalisé des élèves les plus en difficulté. Priorité sera donnée aux écoles maternelles – où les enfants de moins de trois ans pourront être accueillis – et aux écoles élémentaires, car c’est là que l’échec scolaire se forme. Priorité sera donnée aussi aux zones les plus en difficulté (éducation prioritaire) ainsi qu’à la réforme des premiers cycles universitaires (encadrement pédagogique renforcé et allocation d’études). Les moyens supplémentaires permettront enfin de rétablir une vraie formation initiale et continue des enseignants, incluant une année de stage. Une partie des enseignants seront pré-recrutés dès la licence.

Outre les moyens, des transformations du système éducatif s’imposent pour mieux faire réussir les élèves, dans le cadre renforcé d’une scolarité commune jusqu’en fin de 3e. Les rythmes scolaires doivent ainsi être revus dans l’intérêt des enfants : allongement de l’année scolaire pour alléger la journée en classe et inclure les devoirs dans le temps passé à l’école. Les méthodes pédagogiques sont à reprendre au collège et au lycée : programmes remodelés, travail en équipe, implication des élèves… L’enseignement technologique et professionnel doit être renforcé et valorisé, et ses bacheliers avoir un accès privilégié aux STS et aux IUT. Les élèves doivent être aussi accompagnés par un service public de l’orientation unifié du secondaire jusqu’au supérieur.

C’est au final « un nouveau pacte éducatif entre l’école et la nation » que propose François Hollande, pour remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de notre république.
Il en annonce aussi la méthode et le calendrier : collectif budgétaire dès juillet pour pallier les carences les plus flagrantes de la rentrée 2012, puis négociations avec les partenaires éducatifs pour proposer dès l’automne au Parlement deux nouvelles lois, l’une d’orientation, l’autre de programmation. Reste à voter François Hollande dès le 22 avril !

lundi 31 octobre 2011

Après les primaires : passer du vote utile au candidat utile

©Olivier Clément - www.parti-socialiste.fr
Le 16 octobre 2011, plus d’1,6 millions d’électeurs (56 % des suffrages exprimés) ont choisi François HOLLANDE  comme candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012. Il n’était certes pas mon candidat favori, mais il bénéfice désormais d’une incontestable légitimité populaire, au terme de primaires citoyennes qui auront focalisé l’attention médiatique, accaparé les conversations privées, battu des records d’audience télévisée et déplacé des millions d’électeurs de gauche, autant de phénomènes inédits et réjouissants pour un simple scrutin partisan ! Les primaires n’ont pourtant pas échappé aux travers de la démocratie d’opinion version Ve République. Disons pour faire simple que nous avons vécu deux campagnes concomitantes.

Une campagne de 1er tour réjouissante ! Evacuées les craintes d’un affrontement fratricide ! Des candidats respectueux et d’accord sur l’essentiel, nous offrirent un véritable débat d’idées, et en fin de compte un choix entre des orientations divergentes. Les électeurs ne s’y sont pas trompés qui ont sanctionné l’orientation social-libérale proposée par Manuel VALLS, et valorisé au contraire le discours antilibéral d’Arnaud MONTEBOURG. J’ai apprécié, moi aussi, les prises de position déterminées de ce dernier sur le libre-échange, les banques ou la VIe République, appuyées par une éloquence sans pareil. J’ai regretté néanmoins qu’il fasse l’impasse sur les questions sociales : salaires, répartition des richesses, retraites etc. J’ai été consterné comme beaucoup par son ralliement à François HOLLANDE. J’avais autrefois apprécié le pourfendeur des paradis fiscaux, puis l’animateur, avec Benoît HAMON et Vincent PEILLON, du Nouveau Parti Socialiste (NPS), l’un des deux courants de la gauche du PS entre 2002 et 2005. L’homme avait pris ensuite un chemin plus sinueux, solitaire et parfois surprenant… pour incarner à nouveau la gauche socialiste le temps d’une campagne ! Arnaud MONTEBOURG a du panache, mais ancrer le PS plus à gauche suppose davantage de constance et de cohérence.

Si le 1er tour m’a plutôt réjoui – un vote de conviction en quelque sorte – le second a trop nettement renoué avec les travers de la démocratie d’opinion. A qui la faute ? Bien-sûr au système médiatique – grands médias et instituts de sondage appartenant à l’establishment capitaliste – qui a fait de François HOLLANDE son favori dès lors que Dominique STRAUSS-KAHN était hors course, et l’a présenté comme le mieux placé pour battre Nicolas SARKOZY. Assurément aux institutions plébiscitaires de la Ve République, qui attirent l’attention des citoyens moins sur les débats d’idées que sur les personnalités et leur capacité à rassembler au-delà des clivages partisans, incitant finalement au conformisme politique. Mais à vrai dire, l’électorat populaire a-t-il jamais aimé arbitrer les désaccords internes à la Gauche ? N’a-t-il pas de longue date préféré s’en remettre, pour être utile à son camp, à celui désigné comme son plus légitime représentant ?

Lors de mes discussions de campagne, j’ai vu aussi dans ces primaires l’expression d’un paradoxe propre aux démocraties matures. L’électeur se sent investit d’une responsabilité qui dépasse la simple expression de ses convictions personnelles. Il réfléchit, débat, s’informe, élabore une stratégie électorale, anticipe les suffrages de ses concitoyens… parfois jusqu’à  s’oublier en tant que détenteur d’une part de la souveraineté populaire. Le citoyen s’efface devant l’apprenti politologue ! Ce phénomène traduit avant tout le niveau élevé d’éducation politique des Français. Il est salutaire en soi, et il s’est par exemple traduit par la victoire du non au référendum sur le TCE en 2005 – bel exemple de réflexion citoyenne autonome vis-à-vis de l’establishment médiatique. Mais dans un contexte de ras-le-bol vis-à-vis du pouvoir en place, ce phénomène a décuplé l’effet du « vote utile » en faveur du favori – le mieux placé pour battre Nicolas SARKOZY – sans qu’il y ait de place dans le débat public pour un questionnement sur les critères de détermination de ce favori.

Le vote utile – déjà présent au 1er tour – a d’autant mieux fonctionné au second tour que les deux principaux candidats ont soigneusement évité de se distinguer l’un de l’autre sur le plan des idées. Or l’indifférenciation politique bénéficie forcément au favori. De fait, Martine AUBRY n’a pas su mettre en avant son profil social et se dégager de l’image dans laquelle l’avait enfermé le « pacte de Marrakech ». Elle a tardé à se démarquer de la « gauche molle », se refusant à faire de cette distinction un véritable clivage idéologique. Elle s’en est prudemment tenue au projet du PS négocié et adopté sous son égide en mai dernier – c’est tout à son honneur de Première secrétaire – sans prendre toute la mesure des attentes du peuple de Gauche en matière de transformation sociale et de rupture avec le dogme néolibéral. Au final, le débat télévisé d’entre-deux-tours a donné à voir deux candidats défendant les mêmes propositions, d’autant que François HOLLANDE  a su tirer le bilan du 1er tour et quelque peu infléchir ses positions, par exemple en annonçant clairement qu’il rétablirait l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Je reste néanmoins convaincu qu’il fallait faire ces primaires citoyennes et je ne me sens pas du tout dépossédé de mon rôle de militant du Parti socialiste. Il faut avoir vécu les primaires internes de 2006 pour mesurer combien, plus que les citoyens, les adhérents socialistes sont sensibles à la logique du vote utile – c’est lui qui avait permis à Ségolène ROYAL d’être désignée candidate. Et il faut avoir milité dans un courant minoritaire en période de congrès pour sentir tout le poids des baronnies et des clientèles locales, que les primaires de 2011 ont eu le mérite de diluer dans la masse citoyenne. Ces phénomènes sont certainement le propre d’un parti de masse, assis sur un dense réseau d’élus, dans une époque où règne la démocratie d’opinion. Il y a toutefois une certaine ironie à entendre reprocher aux primaires de dénaturer le rôle du militant, souvent de la bouche de camarades communistes : ceux-là mêmes qui ont choisi pour candidat un tribun venu du PS, étranger à leur culture militante, dont le principal mérite est d’être populaire dans l’opinion publique ! A vrai dire, les primaires citoyennes étaient ouvertes à toute la gauche, et il est bien dommage que les conditions politiques n’aient pas été réunies pour que les écologistes et les communistes s’y associent. Toujours est-il que bon nombre de sympathisants d’EELV ou du Front de Gauche ont voté aux primaires, au moins au 1er tour.

Nous voilà, socialistes, dotés d’un candidat. Il a des compétences, un certain brio, une ténacité indéniable. Nous avons un candidat… Mais pour quelle orientation politique ? Quel message clair sur la crise de l’euro et l’enjeu de la dette publique ? Quelles réponses à la rigueur salariale, au chômage, à la précarité au travail, au sentiment de déclassement ? Quelle réforme des retraites ? Quelle position sur le nucléaire ? Quelles mesures pour enrayer la crise du logement ? Quelle politique commerciale face aux dérives du libre-échange ? … Les électeurs des primaires ont choisi le mieux placé, apparemment, pour l’emporter en 2012. Ils ont aussi choisi un candidat qui sur beaucoup de sujets ne s’est pas franchement prononcé, un candidat qui n’a pas encore modelé précisément l’orientation politique pour laquelle il demandera les suffrages des Français l’an prochain. 

Reste à François HOLLANDE à convaincre les Français qu’il incarne une véritable alternative à la politique de rigueur budgétaire, de régression sociale et de dissension républicaine de la Droite. Le défi n’est pas mince, tant les socialistes ont souvent déçu par leurs tergiversations, encore l’année dernière sur les retraites, et plus particulièrement ces dernières années face à la dérive libérale de la construction européenne. Le défi est d’autant plus aigu que confrontée à la crise de l’euro et de la dette, une partie de la social-démocratie européenne accumule les renoncements et désespère les peuples. Or la sortie de crise ne passera pas par la rigueur, qui fait trinquer les classes moyennes et populaires sans relancer la croissance. La reconquête par les pouvoirs publics de marges de manœuvre – réforme fiscale, politique industrielle, intervention dans la sphère bancaire, renforcement politique et budgétaire de l’Europe – devra permettre au contraire la relance économique, une meilleure justice sociale et l’amorce d’une véritable transition écologique. C’est à vrai dire un nouveau modèle de développement qu’il faut proposer aux Français, fondé sur une production durable et une meilleure répartition des richesses.

Conscient de ces enjeux, soucieux aussi de rassembler les socialistes, François HOLLANDE sera bien avisé de s’appuyer sur le projet du PS, adopté à l’unanimité en mai dernier. C’est un projet solide qui contient la plupart des outils nécessaires au réarmement de la Gauche. A cet égard, le débat télévisé de l’entre-deux-tours a permis au candidat de lever quelques doutes en se prononçant clairement pour le rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, la mise sous tutelle des banques, le non-cumul inscrit dans la loi ou encore le principe de réciprocité commerciale aux frontières de l’UE… Mais ces derniers temps, son entourage s’applique à brouiller le message du candidat, que ce soit sur les retraites, sur le nucléaire, ou sur les 60 000 créations de postes dans l’Education nationale. François HOLLANDE aura intérêt à revoir aussi son « contrat de génération », dont les débats ont prouvé le peu d’efficacité, et à mettre plutôt l’accent sur l’allocation d’autonomie et sur les contrats d’avenir prévus pour la jeunesse par le projet du PS. Il conviendra enfin d’être particulièrement vigilant vis-à-vis des tentations d’ouverture au centre, perceptibles chez plusieurs soutiens du candidat notamment au Sénat. Sur le plan tactique, ce serait mettre en péril l’union de la Gauche et donc la victoire en 2012. Sur le fond, ce serait un ralliement inadmissible à la pensée unique libérale, qui fait tant de ravages actuellement dans l’Union européenne.

Les primaires citoyennes ont donné à François HOLLANDE une forte légitimité, ainsi qu’une immense responsabilité. Il lui revient désormais de tirer toutes les leçons de ce scrutin et d’éviter les faux-fuyants pour se montrer à la hauteur de la crise européenne, répondre aux attentes du peuple de Gauche et incarner pour la majorité des Français une véritable alternative à la politique actuelle. Ce sont les conditions non seulement pour battre Nicolas SARKOZY, mais pour ensuite faire bouger les lignes et mettre en œuvre une politique de transformation sociale qui ne déçoive pas les Français.

lundi 3 octobre 2011

Martine Aubry, une candidate qui ne décevra pas la gauche



Passés le buzz médiatique et l'ornière de la personnalisation, les primaires des 9 et 16 octobre 2011 vont permettre aux citoyens de gauche de choisir entre des orientations politiques différentes. Quel changement voulons-nous voir porter par le candidat de la gauche en 2012 ?



  • Des restrictions européennes au libre-échange face au dumping social et environnemental,
  • La modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de l’usage de leurs profits,
  • Une Banque Publique d’Investissement,
  • La sortie progressive et définitive du nucléaire,
  • Le droit à prendre sa retraite à 60 ans,
  • L’encadrement des loyers dans les zones de spéculation,
  • Une allocation d'études et 300 000 emplois d'avenir pour la jeunesse,
  • Le droit au mariage et à l’adoption pour tous les couples,
  • Le non cumul des fonctions et des mandats pour les ministres, députés et sénateurs…
Ce sont quelques-unes des propositions portées par Martine Aubry. Que l'on vote socialiste ou non au 1er tour des Présidentielles, ces propositions - et leur présence ou non au 2nd tour - ne peuvent nous laisser indifférents. Elles contribuent à faire de Martine Aubry la mieux placée pour battre Sarkozy en rassemblant la gauche autour d'un projet ambitieux de transformation écologique et sociale.

"Martine Aubry, une candidate qui ne décevra pas la gauche". C'est le titre de l'appel lancé aux électeurs de toute la gauche par le courant socialiste Un monde d'avance emmené par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli.

Toutes les propositions de Martine Aubry sur www.martineaubry.fr

jeudi 1 septembre 2011

Les enjeux autour du collège unique occultés du débat pour 2012 ?

source : www.parti-socialiste.fr

Cette année encore, plus de trois millions d’élèves feront leur rentrée au collège dans une surprenante indifférence politique et médiatique. On entendra certes les syndicats, comme chaque année, dénoncer les suppressions de postes. 4800 postes d’enseignants en moins dans le secondaire (collège et lycée) pour 80 000 élèves supplémentaires ! L’équation semble aberrante, mais les ravages sont plus discrets que dans les écoles où un enseignant en moins se traduit par une suppression de classe et des parents très vite mobilisés. Au collège, les effectifs par classe s’alourdissent au fil des années, les travaux en demie classe disparaissent, les remplacements sont de moins en moins assurés et les travailleurs précaires de plus en plus nombreux. Le collège souffre en silence. Seules ses bouffées de violence lui donnent accès aux médias.

Le collège est un monde à part, un fragile bouillon de culture commune, un révélateur aussi des tensions de notre société. Les enfants de tous milieux et de tous niveaux se frottent aux savoirs disciplinaires et aux divers professeurs qui les incarnent, ils font le  rude apprentissage du travail personnel et de l’évaluation sanction, tout en vivant leur propre mue adolescente dans un cadre collectif rarement serein. Les enseignants peinent souvent à prendre en charge des élèves si divers, pour qui l’école ne fait pas toujours sens ou qui rechignent à respecter les règles. C’est là aussi que s’opère un premier tri social, cristallisant les inégalités scolaires et dessinant les avenirs individuels. Dernier échelon de la scolarité commune, le collège est directement exposé à la critique des comparaisons internationales de type PISA, venues confirmer combien les écarts de niveau se creusent, avec une croissance inquiétante du nombre d’élèves en grande difficulté (environ 15% des collégiens) et une reproduction sociale des inégalités scolaires supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE.

Ces dernières années, la droite a discrètement pris pour cible le collège, dont les maux sont vus comme autant de preuves d’échec des politiques de mixité sociale. Dépeçage des moyens humains jusqu’à l’os dans le public mais financement accru du privé, mise en concurrence des établissements publics entre eux par la désectorisation, démantèlement de la formation des enseignants… Au nom du libre choix éducatif et d’une pseudo égalité des chances, les gouvernements successifs ont encouragé les stratégies individualistes des familles et méthodiquement déstabilisé le service public d’éducation nationale en se concentrant sur son échelon le plus fragile, le collège.

Pour l’après 2012, l’UMP veut en finir pour de bon avec le collège unique instauré par le ministre René HABY en 1975. Malgré de réels clivages internes, deux conventions tenues en novembre 2010 et juin 2011 lui ont permis de préciser son programme pour « passer du collège unique au collège pour chacun ». Le parti présidentiel développera des établissements de réinsertion scolaire pour les perturbateurs et les décrocheurs. Il rétablira un examen d’entrée en 6e et permettra au chef d’établissement de recruter son équipe enseignante. En ville, les élèves seront regroupés dans des collèges par classe plutôt que par quartier (un collège pour les 6e-5e, un autre pour les 4e-3e) et des filières pré-professionnelles seront récrées dès la 4e – des « prépa pro » ou encore des classes « métiers-études ».

Bref, un projet rétrograde et dangereux ! Rétrograde car à contre-courant des recherches scientifiques qui convergent pour montrer la supériorité des modèles éducatifs dotés d’un tronc commun allongé et intégré, avec des classes hétérogènes excluant les filières précoces. Dangereux aussi dans son renoncement à faire progresser le niveau d’éducation, la cohésion sociale et l’unité nationale dont notre République a tant besoin.

Que propose le PS pour réinventer le collège unique ? Adopté par la convention du 28 mai 2011, le projet socialiste pour 2012 inclut un ambitieux volet éducatif, mettant l’accent sur la petite enfance et le début de la scolarité, mais aussi sur l’enseignement supérieur. Toutefois  il n’y est guère question du collège, qui n’est même pas cité en tant que tel. Tout juste les socialistes s’engagent-ils à « améliorer la transition à l’entrée en sixième » et à élaborer de nouveaux programmes « combinant de solides bases disciplinaires, une pédagogie du projet, de l’expérimentation et du travail en équipe, et une place accrue données aux activités artistiques et culturelles, à l’expression orale et à l’enseignement technologique ». Des propositions essentielles sont aussi formulées pour revaloriser le métier d’enseignant, rétablir pour eux une véritable formation initiale, mobiliser l’ensemble des acteurs autour de projets éducatifs locaux et rendre plus efficace l’éducation prioritaire et la sectorisation – qui sera revue en intégrant un indice de mixité sociale et en y impliquant le privé.

Les principaux candidats socialistes à la présidentielle sont-ils prêts à réformer le collège ? On peut en douter du côté de François HOLLANDE qui, dans son projet présidentiel, donne priorité à la réduction de la dette publique et n’envisage d’éventuelles créations de postes qu’au primaire et sous forme de redéploiements. Or aucune réforme structurelle valable ne sera possible au collège sans y remettre en même temps davantage de moyens humains, au moins dans les établissements les plus sensibles. Dans sa Lettre aux Français, Martine AUBRY propose clairement des recrutements nouveaux là où ils sont le plus nécessaires. Elle fait aussi de la lutte contre l’échec au collège une priorité. Dans une interview au Monde du 1er septembre, elle développe des pistes stimulantes pour une « refondation de l’école ». Mais elle devra faire des choix parmi la variété des points de vue présents dans son entourage.

Solférino compte encore quelques nostalgiques de « l’école fondamentale », qui n’ont pas digéré les arbitrages des années 1970-1980 en faveur de l’unification du corps enseignant au collège sur le modèle du secondaire. Oui, il faut davantage d’unité et de cohérence sur l’ensemble de la scolarité obligatoire. Mais faire du rapprochement avec l’école primaire, notamment de la polyvalence des enseignants, la clé de voûte de la réforme du collège, c’est se mettre à dos toute une profession et vouer ainsi à l’échec toute réforme structurelle, alors que rien ne prouve la pertinence de cette proposition. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui avec une authentique aspiration démocratique, s’accrochent à la notion de « socle commun de connaissance et de compétences » introduite par la loi Fillon de 2005. Hélas ils n’en perçoivent pas les effets pédagogiques délétères à l’œuvre aujourd’hui via le Livret Personnel de Compétence (LPC) et l’émergence d’un enseignement à deux vitesses : les programmes et la préparation au lycée pour les bons élèves, le socle et l’orientation précoce pour les autres. Beaucoup à Solférino insistent enfin sur la « personnalisation » des réponses éducatives, une intention louable, à condition qu’elle s’appuie sur des pédagogies différenciées mises en œuvre d’abord au sein de la classe hétérogène, plutôt que sur la reconstitution de classes de niveau et donc d’un collège à plusieurs vitesses.

Pourtant, ni les idées ni les bonnes volontés ne manquent pour construire, en partant de l’existant, un collège unique plus juste, plus humain, plus ambitieux. Pour le PS, on lira avec intérêt le rapport Un collège commun et ambitieux publié fin 2010 par le Laboratoire des Idées, présidé par le député Christian PAUL. Mais il est surtout frappant de constater – malgré quelques vieux clivages et d’incontournables débats sémantiques – les convergences qui se dessinent au fil des divers travaux et  colloques que les acteurs du monde éducatif ont récemment consacré à ces questions. On retiendra notamment la refonte des rythmes scolaires (emploi du temps hebdomadaire et rythme annuel repensés, intégration du travail personnel au temps scolaire…) ; la redéfinition des programmes et de l’architecture des enseignements disciplinaires pour des contenus plus accessibles et mobilisateurs ; la formation et l’encouragement des enseignants aux pédagogies différenciées, actives et coopératives, à d’autres formes d’évaluation, au travail en équipe et au tutorat ; une véritable coopération de tous les acteurs éducatifs à l’échelle de l’établissement et du bassin de formation ; une autonomie pédagogique accrue des établissements dans un cadre règlementaire national (programmes et horaires obligatoires) et avec des moyens pérennisés…

Il serait regrettable que la Gauche, empêtrée dans des débats idéologiques désuets, bâtisse un projet éducatif pour 2012 qui occulte la question du collège, laissant le champ libre à la Droite pour préparer l’opinion à l’extraordinaire régression éducative que serait le démantèlement du collège unique.

 
Quelques pistes de lectures :  

jeudi 25 novembre 2010

Un nouveau pacte éducatif pour plus d’égalité


Dans le combat pour le progrès social, le système éducatif ne peut pas tout ; mais il reste déterminant pour agir à la racine des inégalités. Ce n’est donc pas un hasard si le projet éducatif du PS occupe une place majeure dans le texte sur « l’égalité réelle » qui sera soumis au vote des adhérents socialistes le 2 décembre, avant sa ratification en convention nationale le 11 décembre.

Pourquoi proposer à la Nation un nouveau pacte éducatif ? Il y a d’abord urgence à inverser la logique de démantèlement que la droite fait subir à l’école publique, par la mise en concurrence des établissements, par leur étranglement financier et par la remise en cause de la formation des enseignants. Les socialistes devront surtout transformer une école républicaine restée très élitiste, où la reproduction sociale marche à plein et qui creuse les écarts de niveau scolaire. Alors que la France est appelée à relever son niveau de qualification pour assurer son avenir, le taux de bacheliers au sein d’une génération stagne autour de 60-65% depuis une quinzaine d’années, on assiste même depuis peu à un recul de la scolarisation des jeunes de 18 ans. Une nouvelle politique de démocratisation scolaire s’impose !

Nos réformes s’appuieront sur une augmentation substantielle de la dépense éducative, alors qu'elle est passée de 7,6% à 6,6% du PIB entre 1995 et 2008. L’effort devra porter notamment aux deux bouts de la chaîne éducative. D’un côté, la création d’un véritable service public de la petite enfance et l’instauration de la scolarité obligatoire dès 3 ans sont primordiales pour lutter contre les inégalités à la racine. De l’autre côté, l’alignement des conditions d’études à l’université sur celles des classes préparatoires apparaît indispensable pour lutter contre l’échec massif en 1er cycle et contre la reproduction sociale des élites.

Mais pour réussir, nos réformes devront aussi repenser le temps de la scolarité obligatoire. Ainsi les rythme éducatifs doivent être adaptés, à tous les niveaux, aux rythmes propres des enfants : nous rallongerons l’année scolaire et nous organiserons la semaine de cinq jours, assurant aux élèves des journées mieux équilibrées. L’accompagnement du travail personnel sera inclus dans le temps éducatif, au sein de l’école, au moins jusqu’en 5e. L’acquisition d’une culture commune par l’ensemble des élèves supposera aussi d’ouvrir une large concertation, avec les citoyens et les personnels, sur les finalités de l’Ecole, dont le fonctionnement actuel repose encore trop sur la sélection par l’échec. Le débat devra porter sur les contenus, comme sur les méthodes d’apprentissage et d’évaluation.

Les socialistes ne pourront se contenter de reprendre le « socle commun de connaissances et de compétences » : sa mise en œuvre par la Droite a conduit à une inflation de référentiels dont les contenus et les modalités de validation sont aujourd’hui critiqués par beaucoup d’enseignants. Nous devrons affirmer une vision de gauche, plus ambitieuse, sur les savoirs et les compétences attendus d’une éducation républicaine. Cette culture commune, pour être acquise par tous, impliquera d’en finir avec le redoublement – cher et scolairement inefficace – au profit d’une pédagogie individualisée, mais inscrite dans le cadre privilégié de la classe, s’appuyant sur le travail d’équipe, sur la rénovation des disciplines et sur la remise à plat des modes d’évaluation. Ces transformations permettront notamment d’assurer enfin le succès du collège unique.

L’écart entre les établissements de centre ville et ceux des quartiers populaires ne cesse de se creuser. Or loin de ne bénéficier qu’aux plus faibles, l’hétérogénéité fait progresser l’ensemble des performances scolaires. Ainsi la ségrégation à l’œuvre dans l’Ecole française est tant injuste qu’inefficace. Nous devrons donc renouveler et renforcer la carte scolaire en ajoutant aux critères géographiques un indice de mixité sociale, auquel l’enseignement privé sera également soumis. Et il faudra donner réellement plus de moyens à l’éducation prioritaire, de façon à augmenter les taux d’encadrement, mais aussi à créer des options attractives et valorisantes.

Les enseignants seront au cœur du pacte que nous voulons construire entre la Nation et son école. Sollicités pour mettre en œuvre les nécessaires transformations du système éducatif, ils devront voir leur métier revalorisé, y compris leurs salaires. Ravagée par la droite, leur formation professionnelle devra être rebâtie, avec un recrutement en fin de 4e année universitaire (master 1), puis une année de stage rémunérée (5e année, master 2) suivie d’une année de formation continuée avec un service réduit. Afin de garantir une plus grande mixité sociale dans le recrutement des enseignants, nous mettrons aussi en place un système de pré-recrutement.

Ne donne-t-on pas une place excessive à l’école, au détriment de l’égalité sociale ? C’est la question troublante que posent François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout dans Les sociétés et leur école (Seuil, 2010). En comparant entre eux une trentaine de pays, les auteurs constatent qu’une forte emprise du diplôme sur le destin social contribue paradoxalement à accroître les inégalités scolaires et la reproduction sociale. Quand un pays comme la France considère que le diplôme doit déterminer strictement la position sociale, la lutte pour son obtention pèse lourdement sur le système scolaire, au détriment de sa dimension éducative et culturelle. Bref, trop d’école tue d’école ! Au-delà de sa thèse polémique sur « l’inflation scolaire », ce livre est une invitation salutaire à bâtir une école moins utilitariste, tout en cherchant à diversifier les voies de l’égalité réelle.

Lien vers le texte de la convention "égalité réelle"


jeudi 23 septembre 2010

"contre-réforme" et (petite) révolution


À nouveau ce 23 septembre, la mobilisation populaire est venue frapper aux portes du gouvernement pour lui manifester combien il s’est coupé du peuple ! Or déjà ce matin, l’Elysée tentait de minimiser l’événement. Quant à François Fillon, il déclarait mardi : « Nous avons suffisamment combattu ensemble l’extrême droite pour demander aux responsables socialistes de ne pas se compromettre avec une extrême gauche qui conteste nos institutions démocratiques et dont le programme économique est archaïque ». Outre l’amalgame grossier entre l’extrême droite et les diverses composantes de la gauche présentes à Vieux-Boucau dimanche dernier autour du porte-parole du PS Benoît Hamon, cette tirade traduisait déjà la crainte d’un gouvernement qui pour remettre en cause un progrès social fondamental, le droit à la retraite à 60 ans, a fait le choix de la confrontation avec les forces sociales et parié sur la résignation des Français.

Le conditionnement médiatique nous avait pourtant bien préparé à accepter cette "contre-réforme". « Repousser l’âge de départ à la retraite est une nécessité largement admise. Sauf à entretenir un mensonge général sur la capacité de l’Etat à financer le système, il faut bien regarder les réalités en face », pouvait-on par exemple lire le 9 septembre dernier dans l’éditorial du pourtant progressiste Le Monde… Et Benoît Hamon, dans une tribune percutante, de déconstruire ces prétendues réalités, en montrant notamment que le salarié français est tout sauf un privilégié en Europe en matière de retraites. Comme le rappelait hier un article de Liêm Hoang Ngoc, les propositions du PS esquissent ce que pourrait être une réforme juste et progressiste, qui taxe les revenus du capital et des banques, s’attaque aux nombreuses niches sociales et fiscales injustifiées, tout en menant une politique économique alternative, qui relève la part des salaires dans la valeur ajoutée et donne priorité à l’emploi.

Profitons du temps libre, partageons les richesses ! L’enjeu n’est pas nouveau. Depuis deux siècles, l’espérance de vie augmente. Depuis un siècle, grâce aux luttes sociales et politiques, le temps de travail diminue (durée hebdomadaire, congés payés, pensions de retraites). Et pendant ce temps la richesse nationale n’a cessé d’augmenter ! Ces trente dernières années, la part de cette richesse attribuée aux salaires a néanmoins perdu 10 points au profit du capital. Cette question est au cœur de l’appel initié par Attac et la fondation Copernic, qui a débouché sur plusieurs meetings unitaires et de nombreux comités locaux. Le comité unitaire du 12e rassemble ainsi des organisations syndicales, politiques (du PS au NPA) et des associations autour du mot d’ordre repris sur son tract : « pour le maintien de la retraite à 60 ans, partageons les richesses ! ».

Le rassemblement de la gauche dans la mobilisation sociale devra trouver un débouché politique. C’est l'une des leçons que je retiens de la belle réunion publique organisée hier soir par le comité du 12e. Au-delà des divergences réelles, sur la durée de cotisation par exemple, nous avons mis en avant une analyse partagée des enjeux de cette "contre-réforme" et notre conviction que l’unité d’action est aujourd’hui la seule réponse possible à la politique destructrice et incendiaire de la droite. Comme je l’ai dit hier soir, il n’est pas question d’enjamber la mobilisation sociale actuelle et de dire que l’avenir des retraites se jouera en 2012 : notre énergie doit être tout entière, au Parlement et dans la rue, contre le projet du gouvernement. Néanmoins, à moyen terme, il est indispensable que cette unité dans la mobilisation sociale trouve un débouché politique. C’est tout le sens des interventions de Jean-Vincent Placé (Les Verts) et de Pierre Laurent (PCF) au Vieux-Boucau dimanche dernier. Tous deux ont affiché leur volonté de trouver d’ici l’été 2011 un accord politique qui rassemble la gauche, un « pacte d’union populaire » (P. Laurent) qui esquisse pour 2012 non une simple alternance mais une véritable alternative.

Un gouvernement de transformation sociale supposera non seulement une gauche rassemblée mais un PS qui change sa culture de gouvernement. A cet égard, Benoît Hamon rappelait dimanche combien la mobilisation sociale avait été cruciale pour la mise en œuvre par le gouvernement de Front populaire de la « petite révolution » de 1936, comme l’appelait Léon Blum. Mais sans attendre la petite révolution de 2012, il s’agit dès maintenant de poursuivre et d’amplifier la mobilisation sociale contre le projet de réforme des retraites !


lundi 17 mai 2010

Convention du PS pour un nouveau modèle de développement : l'espoir à gauche


Il y a 18 mois au congrès de Reims, les socialistes donnaient le spectacle de leurs divisions, renouant ainsi avec le mal qui les ronge depuis leur défaite du 21 avril 2002. En pleine crise financière mondiale, ils s’empêtraient encore dans les faux débats entre partisans et adversaires de l’économie de marché, entre "internationalistes" et "protectionnistes", entre "modernes" et "archaïques", entre aubrystes, ségoléniste et hamonistes, s’interrogeant même sur l’opportunité d’une stratégie d’alliance avec le Modem de François Bayrou.

A lire le nouveau projet économique, social et écologique que les adhérents socialistes s’apprêtent à approuver jeudi prochain, le temps des divisions et du louvoiement semble révolu. Le texte qui sera proposé au vote des militants a en effet été adopté à l’unanimité du Conseil national du PS. Quelques personnalités réservées vis-à-vis de cette orientation, telles que Gérard Collomb, Manuel Valls ou François Rebsamen, ont déposé une contribution sans oser la mettre au vote. Sur le fond, le texte soumis au vote marque une rupture salutaire avec l’ambiguïté et la logique d’accompagnement du système actuel qui ont trop souvent caractérisé les positions du PS.

Les socialistes partent d’une analyse sans concession de la faillite du capitalisme financier "qui a laissé s’accumuler, depuis une trentaine d’années, de profonds déséquilibres économiques, sociaux, humains et écologiques". Reconnaissant au passage les limites de la gauche de gouvernement qui "n’a pas suffisamment engagé le changement profond de modèle de société qui était nécessaire", les socialistes promeuvent la régulation et l’intervention publiques dans la sphère économique pour redonner priorité aux objectifs à long terme que sont la justice sociale et le bien-être, l’éducation et la culture, la sobriété énergétique et la préservation de la biodiversité.

Le PS appelle à "un nouveau contrat social européen" et mondial. Alors qu’actuellement elle dérégule les marchés, met en concurrence les Etats et leur impose des politiques de rigueur désastreuses, il est impératif que l’UE intègre enfin les objectifs de croissance, d’emploi et de convergence sociale, et qu’elle se dote d’un gouvernement économique, avec un budget fédéral appuyé sur un impôt européen et sur une capacité d’emprunt propre. Les directives de libéralisation doivent être renégociées. Et pour substituer au libre-échange le "juste échange", l’UE doit utiliser des tarifs extérieurs communs spécifiques pour les filières menacées et créer à ses frontières des "contributions sociales et environnementales". L’UE doit militer pour replacer le commerce au service des pays les plus pauvres et pour que les normes internationales sociales, sanitaires, culturelles et environnementales acquièrent une valeur juridique qui les rende opposables au principe du libre commerce dans le cadre de l’OMC.

A contrario des poncifs néo-libéraux présentés comme les remèdes à l’actuelle crise européenne, les socialistes sont favorables à "des politiques budgétaires contracycliques". L’Etat doit pouvoir financer les politiques de relance nécessaires pour contrer les récessions et revenir à l’équilibre budgétaire en période de croissance, ce qui suppose notamment la mobilisation de nouvelles ressources par une fiscalité plus juste et mieux répartie. Il est ainsi à craindre que la réduction drastique de la dépense publique, notamment imposée à la Grèce par le FMI et les institutions européennes, n’aboutisse qu’à amplifier la récession !

En France, la puissance publique doit être le moteur d’un nouveau modèle de production, orienté vers une croissance saine, sélective et durable. L’Etat doit se doter d’outils de planification, d’un pôle public d’investissement industriel et d’un pôle public financier. Il doit pouvoir recourir aux nationalisations et développer les services publics. Les investissements publics tout comme la fiscalité des entreprises comporteront des critères sociaux et environnementaux.

Face à la crise sociale, l’emploi et les salaires appellent des mesures fortes, incluant une assurance chômage étendue, un droit du travail plus protecteur, la réhabilitation des 35 heures ou encore la mise sous tutelle des entreprises florissantes qui licencient. Le rééquilibrage au profit des salariés du partage de la valeur ajoutée et des gains de productivité passe par une hausse du SMIC, par une conférence salariale annuelle, par une fiscalité incitative ou encore par une échelle des salaires de 1 à 20 dans les entreprises avec participation publique. De nouvelles ressources doivent être trouvées pour pérenniser le financement la protection sociale, notamment pour préserver la retraite à 60 ans et renforcer les moyens de l’hôpital public. Enfin, une ambitieuse politique du logement passe par la reconquête des logements vacants, la construction massive de logements sociaux et le recours si nécessaire au blocage des loyers et à la régulation des prix du foncier et de l’immobilier.

Soumis jeudi au vote des adhérents et ratifié en convention nationale le 29 mai prochain, le texte engagera alors tous les socialistes, y compris notre futur(e) candidat aux élections présidentielles. Ce travail sera prolongé par trois autres conventions nationales d’ici la fin de l’année : sur la rénovation politique, sur les questions internationales et sur l’égalité réelle.

Avec ce nouveau modèle de développement, le PS confirme son ancrage au gauche et ouvre avec succès le chantier de son réarmement idéologique et programmatique. Il écarte les faux débats sur "les contraintes de la réalité", ou encore sur la "société du soin" – thème abordé en fait par Martine Aubry à propos des personnes âgées et dépendantes. Rétrospectivement, cette convention donne tort à Jean-Luc Mélenchon et à ses proches – je pense notamment à mon ami du 12e Alexis Corbière –, des camarades de longue date qui désespérés, claquaient la porte du Parti en plein Congrès de Reims, voyant dans les résultats du vote militant la défaite d’une pensée socialiste à la hauteur des défis présents.

Parce qu’il représente une base de discussion crédible pour un programme commun de toute la gauche, ce texte est surtout un point de départ. Il est désormais de notre responsabilité, à nous socialistes, de créer les conditions du rassemblement, car il n’y aura pas de victoire en 2012 pour une véritable transformation sociale, sans unité de la gauche.