jeudi 10 mai 2012

Hollande et l’appel aux peuples : un tournant pour la social-démocratie ?

Photo : Elsa Peinturier pour le PS

 « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs d’Etat et de gouvernement, il y a des peuples qui grâce à nous espèrent, regardent vers nous, et veulent en terminer avec l’austérité. Voilà mon message : vous êtes bien plus qu’un peuple qui veut changer, vous êtes déjà un mouvement qui se lève partout en Europe et peut-être dans le Monde, pour porter nos valeurs, nos aspirations et nos exigences de changement ».


 
J’étais place de la Bastille dans la nuit du 6 mai et j’ai entendu cet appel aux peuples prononcé par François Hollande. Passé inaperçu dans les médias, cet appel m’a touché. Non pas tant qu’il renouait avec une geste révolutionnaire et internationaliste dont le candidat socialiste avait jusqu’ici laissé l’usage à son adversaire du Front de Gauche. Il m’a bien plus touché par le sens qu’il donnait à la victoire de François Hollande : une nouvelle et large brèche s’ouvre dans le consensus libéral, rendant possible la « réorientation de l’Europe » dont François Hollande a fait l’un de ses thèmes de campagne. Mon propos laissera les uns dubitatifs, les autres railleurs. À vrai dire, je n’ignore pas la prépondérance des forces conservatrices aujourd’hui en Europe, ni le parcours de ce proche de Jacques Delors que fut François Hollande. Et pourtant…

Ne sous-estimons pas le chemin parcouru. La crise de 2008 et ses conséquences en cascade – en Grèce notamment – n’ont pas peu contribué à faire évoluer les socialistes français vers des positions que seule leur aile gauche défendait quelques années plus tôt. N’oublions pas que c’est le leader du OUI socialiste au TCE en 2005, qui en 2012 mène une campagne présidentielle victorieuse sur la réorientation de la construction européenne, s’engageant à renégocier un traité déjà signé par 25 Etats membres à l’initiative du couple franco-allemand ! Cette irruption inédite du thème européen dans une campagne présidentielle, c’est aussi la reconnaissance par les socialistes que l’Europe de Jacques Delors n’a pas tenu toutes ses promesses : le marché commun et l’union monétaire n’ont pas donné naissance à l’Europe sociale, la méthode communautaire bipartisane a fait long feu.

Le défi n’est pas mince qui attend François Hollande. Si son appel à un « pacte de croissance » trouve déjà beaucoup d’écho en Europe, les conservateurs l’entendent surtout comme un appel à libéraliser davantage les services et le marché du travail. Ils refusent catégoriquement de renégocier le pacte de rigueur budgétaire. Or pour le nouveau président français, hostile à la constitutionnalisation d’une « règle d’or » budgétaire et critique vis-à-vis de la rigueur imposée notamment aux Grecs, l’indispensable relance de la croissance passe au contraire par une réorientation du rôle de la BCE et par le financement de grands projets européens via la création d’euro-obligations, l’augmentation du capital de la banque européenne d’investissement et la taxation des transactions financières.

Si certains dans l’équipe présidentielle pourraient être tentés – face à l’offensive des marchés financiers contre la zone euro – par un compromis au rabais incluant la ratification du traité budgétaire du 2 mars, le président de la République paraît décidé à l’épreuve de force avec la chancelière allemande. Il sait qu’il pourra s’appuyer sur des peuples européens de plus en plus hostiles à la rigueur, qui l’expriment dans les urnes et dans les rues, et qui pourraient à nouveau se faire entendre à l’occasion du processus de ratification enclenché par les Etats. Un référendum est ainsi prévu en Irlande dès le 31 mai et en Allemagne même, Angela Merkel aura besoin des voix du SPD pour assurer la ratification parlementaire du traité. Car c’est là aussi que beaucoup va se jouer, au sein d’une social-démocratie européenne affaiblie par ses échecs et tentée de voir dans la victoire de François Hollande la voie de son redressement.
 
Hélas, sous l’effet de la crise financière et du ras-le-bol social, la construction européenne tangue. L’euro est en difficulté tandis que la contestation populaire gronde, ouvrant la voie au réveil des nationalismes. Une réorientation s’impose et la renégociation du traité budgétaire voulue par François Hollande – qui n’est déjà pas une mince affaire – n’y suffira pourtant pas. Tout d’abord, le poids de la dette dans certains pays est tel que la question de sa légitimité ne pourra être éludée plus longtemps. Surtout, le Parti Socialiste Européen (PSE), en lien avec ses divers partenaires, doit urgemment franchir une nouvelle étape dans la construction d’un projet commun pour réorienter l’Europe. Outre la relance économique, la priorité doit être à la convergence des normes sociales et fiscales, à la régulation de la finance, à la protection des services publics, à la démocratisation accrue des institutions de l’UE ainsi qu’à un plus juste échange dans le commerce international. C’est une question de justice vis-à-vis des peuples, et c’est une question de survie pour l’idéal européen.

Lionel Jospin lui-même notait sur France Inter le 8 mai dernier : « Nous n’aurions pas pu gagner avec le programme de Jean-Luc Mélenchon. Mais si les socialistes ou la gauche au pouvoir appliquent la politique de Papandréou, de Zapatero ou de Socrates, nous échouerons ». A l’heure où beaucoup de commentateurs observent, dans la victoire de François Hollande, le virage social-démocrate du socialisme français, peut-être faut-il surtout y voir le début du virage à gauche de la social-démocratie européenne.

jeudi 19 avril 2012

Avec François Hollande, remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de la République !

La finance et la crise sociale auront dominé les débats de cette campagne présidentielle, occultant une autre dimension de ce scrutin : il est un choix de société entre deux projets antagonistes pour l’éducation nationale.

De Nicolas Sarkozy, nous connaissons le triste bilan, avec des établissements scolaires déstabilisés par un désinvestissement financier massif (77 000 postes supprimés en cinq ans), par l’assouplissement de la sectorisation au nom du « libre choix » et par la mise à mal de la formation des enseignants dont le recrutement est aujourd’hui en crise. Au final « des parents inquiets, des élèves parfois en souffrance, des professeurs fatigués (…), des classes surchargées (…) et surtout l’échec scolaire, inacceptable ! » (François Hollande le 9 février 2012 à Orléans) – on estime que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

De Nicolas Sarkozy, nous aurions tort d’ignorer le projet : réhabilitation de valeurs comme « l’autorité » ; poursuite des suppressions de postes dans le secondaire où le temps de travail des enseignants serait fortement allongé en échange d’une meilleure rémunération ; autonomie administrative et mise en concurrence des établissements (recrutement local des enseignants…) ; fin du collège unique avec des classes pré-professionnelles dès la 4e et l’apprentissage dès 14 ans. Bref une régression programmée du niveau d’études – a contrario des besoins de notre pays – et une libéralisation assumée de notre système éducatif, qui ne pourra qu’accroître encore les inégalités et mettre à mal le pacte républicain ! 

A contrario, si François Hollande a mis l’éducation et la jeunesse au cœur de son projet présidentiel, ce n’est pas seulement pour renouer avec un thème identitaire pour la gauche socialiste, attachée à l’émancipation républicaine par les savoirs et la culture à travers un grand service public d’éducation. C’est aussi que l’éducation et la jeunesse sont la condition du redressement de notre pays, la condition, aussi, de notre cohésion nationale.

Encore faut-il s’en donner les moyens ! Précisément, dans le cadre d’un objectif global de redressement des finances publiques, François Hollande s’engage à investir dans l’éducation pour préparer l’avenir. 60 000 postes supplémentaires seront ainsi créés (12 000 par an), pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales… Ils permettront notamment l’accompagnement personnalisé des élèves les plus en difficulté. Priorité sera donnée aux écoles maternelles – où les enfants de moins de trois ans pourront être accueillis – et aux écoles élémentaires, car c’est là que l’échec scolaire se forme. Priorité sera donnée aussi aux zones les plus en difficulté (éducation prioritaire) ainsi qu’à la réforme des premiers cycles universitaires (encadrement pédagogique renforcé et allocation d’études). Les moyens supplémentaires permettront enfin de rétablir une vraie formation initiale et continue des enseignants, incluant une année de stage. Une partie des enseignants seront pré-recrutés dès la licence.

Outre les moyens, des transformations du système éducatif s’imposent pour mieux faire réussir les élèves, dans le cadre renforcé d’une scolarité commune jusqu’en fin de 3e. Les rythmes scolaires doivent ainsi être revus dans l’intérêt des enfants : allongement de l’année scolaire pour alléger la journée en classe et inclure les devoirs dans le temps passé à l’école. Les méthodes pédagogiques sont à reprendre au collège et au lycée : programmes remodelés, travail en équipe, implication des élèves… L’enseignement technologique et professionnel doit être renforcé et valorisé, et ses bacheliers avoir un accès privilégié aux STS et aux IUT. Les élèves doivent être aussi accompagnés par un service public de l’orientation unifié du secondaire jusqu’au supérieur.

C’est au final « un nouveau pacte éducatif entre l’école et la nation » que propose François Hollande, pour remettre l’éducation et la jeunesse au cœur de notre république.
Il en annonce aussi la méthode et le calendrier : collectif budgétaire dès juillet pour pallier les carences les plus flagrantes de la rentrée 2012, puis négociations avec les partenaires éducatifs pour proposer dès l’automne au Parlement deux nouvelles lois, l’une d’orientation, l’autre de programmation. Reste à voter François Hollande dès le 22 avril !

jeudi 29 mars 2012

Semaine du développement durable dans le 12e


À l'occasion de la Semaine du Développement Durable du 31 mars au 7 avril la Mairie du 12e vous propose :


Samedi 31 mars à 10h
Réunion publique du Conseil de quartier Bel Air Sud
Jardins, composts et plantes sauvages, des éco-actions à votre portée
Ecole élémentaire - 83, avenue du Général Michel Bizot


Mercredi 4 avril à 15h
Inauguration du Jardin Partagé thérapeutique La Note Bleue
Square Rossif - 177, rue de Charenton


Du 31 mars au 7 avril
Exposition Consommons responsable
Découvrez le parcours d'un produit agricole du champ à l'assiette
Hall de la Mairie du 12e


Samedi 7 avril
Balade commentée à la découverte des espaces verts du 12e avec l'association Graine de Partage
Rendez-vous à 10h devant l'Opéra Bastille

Samedi 7 avril
Conférence : Techniques de gestion écologique au jardin
À 14h30 à la Maison du Jardinage - Parc de Bercy - 41, rue Paul Belmondo



Et retrouvez en ligne la vidéo pédagogique sur l'alimentation responsable créée par l'association Le Temps Presse.

samedi 24 mars 2012

Pour un audit citoyen de la dette publique !


Lundi 26 Mars à 20h00
Réunion publique à la Mairie du 12e
Collectif pour un audit citoyen de la dette publique Paris-12e
Mairie du 12e, 130 avenue Daumesnil, M° Montgallet  ou Dugommier

Réunion animée par Christian Celdran,
membre du comité de coordination nationale du Collectif citoyen pour un audit de la dette, et du conseil scientifique d'Attac France



Appel pour un audit citoyen de la dette publique :
http://www.audit-citoyen.org/
Collectif 12e : cac75012@audit-citoyen.org

"Écoles, hôpitaux, hébergement d'urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l'austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l'on nous ressasse dans les grands médias.

Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. 

Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ? 

Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l'intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ? 

Qui détient ses titres et profite de l'austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s'endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?
Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d'un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ? 

Nous décidons d'engager le débat et de nous mobiliser dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. 

Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens.

Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie."

jeudi 19 janvier 2012

En 2012 réduisons la dette écologique

© Marie Touzet
Le tonnerre provoqué par la dégradation de la note française par Standard and Poor’s n’est qu’un nouvel épisode de l’offensive par laquelle, depuis la crise de 2008, les marchés financiers tentent d’imposer la réduction de l’endettement public par l’austérité comme une priorité politique en Europe, continuant ainsi d’opérer un gigantesque transfert de richesses vers les détenteurs du capital financier au détriment des salariés. Après avoir fait tomber les gouvernements grec, espagnol et italien, l’enjeu de la dette publique s’est d’ores et déjà immiscé au cœur du débat français pour les élections présidentielles.

Toutefois, après l’immense protestation sociale de 2010 contre la réforme des retraites, c’est l’indignation citoyenne qui pourrait bien prendre le relais en 2012, pourvu qu’elle trouve un débouché politique. Ce sont ainsi près d’un millier de personnes qui se sont réunies dimanche dernier à l’Espace Reuilly (Paris 12e) pour mettre en débat la légitimité de la dette publique et faire émerger des stratégies pour refonder une Europe plus démocratique, dans le cadre d’une journée de débats organisée par Attac en partenariat avec Médiapart et intitulée : « Leur dette, notre démocratie ». Dans un autre registre, le collectif des économistes atterrés vient de publier Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012. Dénonçant notamment l’instrumentalisation de la dette publique pour justifier des politiques d’austérité désastreuses, ils y développent de solides propositions de politiques économiques alternatives.

Avec la crise financière, la dette publique s’est donc imposée dans les débats, reléguant à l’arrière-plan une autre dette, moins immédiatement tangible mais probablement plus explosive, la dette écologique. Le concept est discutable – il a d’ailleurs été écarté du protocole de Kyoto en 1997 – de même que la notion d’empreinte écologique dont le calcul fait débat (« si tous les Terriens avaient la même empreinte écologique que les Français, ils devraient disposer de trois fois notre Planète »). Mais l’un et l’autre s’appuient sur des réalités scientifiquement incontestables et nous renvoient à notre responsabilité collective, tant vis-à-vis des pays pauvres qui subissent de plein fouet les dégradations environnementales sans profiter encore des bénéfices du développement économique, que vis-à-vis des générations futures qui devront faire face à des crises écologiques majeures : dérèglement climatique, épuisement des énergies fossiles, perte accélérée de biodiversité, dégradation des écosystèmes, raréfaction et pollution de l’eau douce etc.

Ainsi, d’après le GIEC, et pour s’en tenir au seul enjeu du réchauffement climatique, l’objectif de réduire de 50% nos émissions globales de gaz à effet de serre d’ici 2050 suppose une réduction de 80% dans les pays développés. Cela laisserait au pays en développement la possibilité d’augmenter leurs émissions de 3%, soit une réduction de près de 50% des émissions par habitant compte tenu de leur dynamique démographique. « Il faudra donc des réductions d’émissions bien plus importantes de la part des pays riches que celles envisagées aujourd’hui pour alléger le fardeau des pays en développement (…) mais surtout des compensations financières conséquentes pour permettre à ces pays de se développer de manière soutenable » (Eloi LAURENT, Social-écologie, Flammarion, 2011). On mesure le long chemin qui reste à parcourir après les résultats décevants des conférences de Cancun (2010) et de Durban (2011) et à six mois de la prochaine conférence des Nations unies sur le développement durable (« Rio+20 »).

Il est d’abord de notre responsabilité d’agir localement en faveur du développement durable. Ainsi Paris poursuivra-t-elle en 2012 sa politique ambitieuse de réduction des gaz à effet de serre (Plan climat de 2007), de développement de la biodiversité (Plan biodiversité de 2011) et de promotion des pratiques écologiques. Dans le 12e, l’année sera marquée avant tout par l’arrivée du Tramway, mais aussi par la création de nouveaux jardins partagés, l’implantation d’un nouveau rucher ou encore la rénovation thermique de locaux scolaires. 2012 est aussi une année électorale, l’occasion de faire émerger une alternative à la politique régressive de l’actuel gouvernement – souvenons-nous notamment des promesses non tenues du Grenelle de l’Environnement! A cet égard, souhaitons que dans la campagne présidentielle, la crise financière n’occulte pas la crise écologique.

Crise financière et crise écologique trouvent à vrai dire leurs racines dans une même perversion du rapport que nos sociétés entretiennent avec le temps. De même que le capitalisme financier exige des rendements à court terme incompatibles avec un développement économique soutenable et durable, de même il encourage la tendance de nos sociétés à la consommation excessive des ressources naturelles, au détriment des générations futures. L’une et l’autre crise ont aussi pour point commun de creuser les inégalités sociales intra- et internationales, qui elles-mêmes alimentent ces crises Bref elles nous invitent à retrouver le sens et les outils de la démocratie, notre meilleur recours pour renouer avec le temps long et bâtir un nouveau modèle de développement fondé sur la justice sociale.

mardi 15 novembre 2011

Bois de Vincennes, Petite Ceinture, Bercy-Charenton : faux débats et vrais enjeux de la Biodiversité dans le 12e

Préparé dès 2010 – année internationale de la biodiversité – le Plan Biodiversité de Paris est soumis ce 15 novembre au Conseil de Paris. C’est une feuille de route ambitieuse, qui a notamment reçu l’avis favorable du Conseil du 12e arrondissement. La biodiversité urbaine n’a pourtant rien d’une évidence politique. Pour le grand public, elle se réduit souvent aux seules terres lointaines menacées de déforestation et aux espèces animales emblématiques en voie de disparition – thon rouge, ours polaire ou récifs coralliens. Paris abrite pourtant plus de 2000 espèces de plantes sauvages et de champignons, et autant d’espèces animales ! En France, la récente Stratégie Nationale de la Biodiversité, qui institutionnalise les trames vertes et bleues, semble elle-même ignorer l’importance des villes. Elles regroupent pourtant les ¾ de la population et ont impact non seulement sur leurs territoires mais bien au-delà par leur effet barrière – or Paris est situé à carrefour biogéographique majeur – ou encore par les politiques d’achats des municipalités.

Si la biodiversité urbaine n’a rien d’une évidence politique, c’est aussi qu’elle invite à des arbitrages délicats au détriment d’autres usages citadins ; des arbitrages néanmoins assumés et revendiqués par la gauche parisienne ! Ainsi, quoi qu’en dise dans ses tracts la sénatrice et conseillère régionale Chantal Jouanno, le Bois de Vincennes est un espace boisé classé que la municipalité s’attache à préserver et à renforcer. Dès 2003, Bertrand Delanoë signait avec les maires des communes riveraines une Charte d’aménagement durable du Bois. C’est dans ce cadre que beaucoup d’espaces ont été replantés, à un rythme nettement plus important que celui des abattages, et que des voies au centre du Bois ont été fermées à la circulation automobile – non sans protestations – pour être rendues à la nature et à la promenade. Comme progressivement l’ensemble des espaces verts parisiens, le Bois de Vincennes est passé en gestion différenciée, avec l’arrêt des produits issus de la chimie de synthèse, la plantation d’essences indigènes et la création d’îlots d’évolution naturelle où l’intervention humaine est réduite au minimum. La gestion du Bois est encadrée depuis 2010 par la certification environnementale ISO 14001.

Le Plan Biodiversité ne se contente pas de préserver l’existant. Il prévoie notamment de requalifier la « ceinture verte » de Paris : une vieille ambition née du démantèlement des fortifications, mais largement entamée depuis les années 1930 par les besoins en logement social, en équipements divers, puis par la construction du Périph’. A l’échelle fine, cette requalification passe par un renforcement du réseau vert sur tous les espaces : centres sportifs, cimetières, voirie, espaces intérieurs des îlots de logements, talus du Périph’ etc. D’ores et déjà l’arrivée du Tramway dans le 12e est l’occasion de renforcer la trame verte des boulevards Soult et Poniatowski par la pose de gazon le long des rails et par des arbres d’alignement plus nombreux et variés – quatre plantés pour trois abattus et une vingtaine d’espèces supplémentaires. Par ailleurs, dans le cadre du GPRU de la Porte de Vincennes, des ponts végétalisés vont être aménagés au-dessus du Périph’. Ces mêmes quartiers devront aussi bénéficier des multiples dispositions innovantes prévues par le Plan Biodiversité, à l’image des 7 ha nouveaux de toitures végétalisées qui doivent être créés à Paris d’ici 2020, incluant au moins 15 jardins en terrasse.

A une échelle plus large, le renforcement de la « ceinture verte » devra s’appuyer sur la Petite Ceinture ferroviaire qui représente dans le 12e plusieurs hectares d’espaces verts à ciel ouvert. En concertation avec Réseau Ferré de France (RFF), le rôle de corridor écologique de la Petite Ceinture devra être pérennisé tout en ouvrant cet espace à de nouveaux usages publics. Le tronçon aménagé dans le 16e (1,5 km), celui prévu dans le 15e (1,3 km) ou encore les aménagements existants le long de la Petite Ceinture dans le 12e – sentier nature du jardin Charles Péguy et projet de jardin partagé rue Claude Decaen – préfigurent ce que pourrait être dans notre arrondissement une Petite Ceinture à la fois réserve de biodiversité et sentier de promenade. Dans la perspective du renouvellement de la convention cadre entre la Ville de Paris et RFF, un vœu a été adopté en ce sens par le Conseil du 12e arrondissement (séance du 7/11/2011).

A l’échelle métropolitaine, le renforcement de la « ceinture verte » passe par l’intégration de la biodiversité aux objectifs d’aménagement du secteur Bercy-Charenton. En effet la Ville de Paris a lancé en 2009, en lien avec la Ville de Charenton, la SNCF et RFF, une réflexion urbaine d’ensemble sur ce vaste secteur de 60 ha en vue d’y créer un nouveau quartier. Le Plan Biodiversité en fait un secteur pilote où sera expérimentée l’intégration des enjeux de biodiversité à chacune des phases d’aménagement. L’objectif est double : d’une part renforcer les trames vertes et bleues dans ce secteur en reliant entre eux le Bois de Vincennes, la Petite Ceinture, le Parc de Bercy et la Seine ; d’autre part construire pour la biodiversité à Paris un cahier des charges type s’imposant progressivement aux aménageurs.

A travers la création d’un observatoire de la biodiversité à Paris, le Plan Biodiversité vise aussi à développer, fédérer et diffuser les connaissances et les initiatives en la matière. L’implication des acteurs locaux – citoyens, associations, conseils de quartier – est notamment fondamentale. Ainsi le Conseil de quartier de Jardin de Reuilly a-t-il récemment organisé une réunion publique autour d’initiatives innovantes : compostage et jardin d’immeuble au 107 rue de Reuilly, jardin d’insertion Le Nid rue George et Maï Politzer, futur jardin partagé dans le square Frédéric Rossif, projet de rucher au jardin de Reuilly (Graine de Partage)… La biodiversité n’est pas qu’un sujet scientifique, c’est aussi un enjeu citoyen dont les habitants du 12e sont de plus en plus nombreux à se saisir !

A cet égard, la droite locale serait bien inspirée de ne pas dévoyer l’enjeu de la biodiversité. Lorsqu’au Conseil de Paris Valérie Montandon, élue UMP du 12e, demande au nom du Plan Biodiversité le retrait du projet d’aire d’accueil des gens du voyage et le déplacement de la célèbre Foire du Trône hors du Bois de Vincennes ; ou lorsque l'ancienne secrétaire d'Etat à l'écologie Chantal Jouanno se fend d’un tract aux habitants déclarant « le Bois de Vincennes en danger » pour les même motifs (elle y ajoute le foyer temporaire Adoma) ; l’une et l’autre renouent avec les vieux réflexes exclusifs de la Droite, combinés au fameux syndrome NIMBY décrit par les sociologues –  Not In My Back Yard. Plutôt que d’instrumentaliser l’écologie en déformant les faits, Mesdames Montandon et Jouanno gagneraient à dire franchement que contrairement à la Majorité municipale, elles ne veulent avoir dans le 12e ni gens du voyage, ni forains ni travailleurs migrants. La biodiversité mérite mieux que ces faux semblants, les habitants du 12e méritent mieux que ces faux débats et ces mauvais procès. 

lundi 7 novembre 2011

Questions sur la MEEAO, un an après l'évacuation

Le 22 octobre dernier, plusieurs associations organisaient un rassemblement devant le bâtiment de l’ex-Maison des Etudiants des Etats d’Afrique de l’Ouest (MEEAO), à l'occasion de l'anniversaire de son évacuation il y a un an. Ce soir au Conseil du 12e arrondissement, j'ai présenté au nom de la Majorité municipale le voeu suivant :

Considérant, qu’il y a un peu plus d’un an, le 20 octobre 2010, l’immeuble du 69 boulevard Poniatowski, ex-Maison des Etudiants des Etats d’Afrique de l’Ouest, était entièrement évacué afin de mettre en sécurité le bâtiment laissé à l’abandon depuis la décolonisation et l’absence de propriétaire à raison de la dissolution de l’Afrique Occidentale Française.

Considérant que pendant de nombreuses années, l’immeuble a néanmoins conservé sa vocation initiale d’hébergement d’étudiants et de travailleurs venus des Etats Africains.

Considérant qu’au terme d’une longue procédure judiciaire, dite de bien sans-maître, l’Etat français est devenu propriétaire de l’immeuble le 10 juillet 2009.

Considérant qu’après, une première évacuation partielle du bâtiment, réalisée le 28 janvier 2010, afin de mettre en sécurité les occupants des chambres les plus vétustes et insalubres, l’évacuation d’octobre 2010 marquait la fin de toute occupation de l’immeuble.

Considérant les engagements pris par la Préfecture de Région en matière de relogement des occupants de bonne foi, reconnus occupants de l’immeuble lors du recensement effectué au printemps 2009, et ceux de la Préfecture de Police s’agissant des occupants sans-papier au moment de l’évacuation, de procéder à un examen bienveillant de leur situation et de procéder aux régularisations des situations les plus proches des critères d’obtention d’un titre de séjour.

Considérant qu’après une série de réunions régulières en Préfecture de région avec les représentants de l’Etat, des occupants, des associations de soutien, les élus Parisiens n’ont plus eu d’information précise quant au suivi des relogements et des dossiers en cours d’examen en vue d’une régularisation administrative.

Considérant enfin, que depuis plus d’un an, l’immeuble du 69 boulevard Poniatowski n’est que partiellement muré et que son état continue de se dégrader.

Sur proposition des élu(e)s de la majorité municipale, le conseil du 12e arrondissement émet le voeu que le Maire de Paris intervienne :

· « auprès du Préfet de Paris afin que celui-ci communique, au regard des engagements pris il y a un an, un état précis de l’avancée des relogements définitifs, au sein du parc social, des occupants de bonne foi concernée par la seconde phase d’évacuation du bâtiment ;

· auprès du Préfet de Paris afin que l’immeuble soit rapidement réhabilité et qu’une opération de logement (logement social, logement étudiant, foyer de travailleurs migrants…) y soit réalisée afin de répondre aux besoins en la matière sur le territoire parisien, et que la mémoire de l’ancienne MEEAO y soit conservée ;

· auprès du Préfet de Police afin que celui-ci dresse, au regard des engagements pris il y a un an, un état détaillé des procédures d’examen des situations administratives des « occupants de bonne foi » de la MEEAO sans titre de séjour qui lui ont été soumises par les associations et soutenues par les élus ».


Le voeu a été adopté avec les voix de la Majorité municipale, les élus du groupe UMP votant contre.
Informations complémentaires sur la MEEAO : www.collectif12.com