lundi 4 avril 2011

Les enjeux souterrains de la transition énergétique

source : www.paris.fr
L'accident nucléaire de Fukushima a mis dramatiquement en relief le défi écologique auquel sont confrontées nos sociétés modernes, celui d'une transition vers des énergies propres et renouvelables. L'énergie phénoménale dégagée par le séisme, qui a provoqué le tsunami à l'origine de l'accident, est aussi à mettre en regard de notre dépendance énergétique vis-à-vis des ressources du sous-sol. A défaut de savoir mettre le soleil en boîte, nous devrons toujours faire la part belle, dans notre "bouquet énergétique", aux énergies du sous-sol. Encore faut-il ne pas se tromper d'objectif...

Vendredi dernier, le Maire de Paris inaugurait une installation pionnière de chauffage par la récupération de chaleur des égouts. Ce procédé écologique innovant, incluant une pompe à chaleur, équipe désormais l'école de la rue de Wattignies (12e) dont les besoins annuels en chauffage seront couverts à plus de 70% par cette énergie nouvelle, qui se substitue au gaz de ville. L'école devrait ainsi diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre. A terme, d'autres installations verront le jour et la chaleur des égouts de Paris pourrait théoriquement chauffer jusqu'à 10% de ses habitants ! L'installation de la rue de Wattignies a été réalisée pour le compte de la Ville de Paris par la Lyonnaise des Eaux (groupe GDF Suez) et la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU) qui est aussi une filiale de GDF Suez. Près d'un quart des Parisiens utilise la chaleur de la CPCU, issue à 46% de l'incinération des déchets ménagers non recyclables. La CPCU cherche désormais à développer la géothermie, avec notamment deux puits récemment creusés à 1800 mètres de profondeur dans le Nord-Est de Paris. L'Île-de-France représente un potentiel géothermique important, qui fait l'objet d'un plan de relance voté par le Conseil régional en 2008.

Qu'il s'agisse de géothermie ou de chaleur des égouts, une entreprise comme GDF Suez sait investir dans les énergies renouvelables, pour peu qu'elle y soit incitée par les pouvoirs publics. La fièvre de l'or noir n'a pas pour autant fini de galvaniser les multinationales de l'énergie... C'est ainsi que le même GDF Suez, mais aussi Total et Schwepbach Energy, ont obtenu de l'Etat en 2010 trois permis de prospection de gaz de schiste dans une vaste zone d'environ 10 000 km² s'étendant de Montélimar à Montpellier ! Jeudi dernier, le groupe socialiste du Conseil régional d'Île-de-France organisait l'avant première du film documentaire Gasland qui décrit les ravages causés aux Etats-Unis par l'exploitation massive des gaz et des huiles de schiste depuis quelques années. Outre qu'elle poursuit la logique délétère de recours aux énergies fossiles, cette exploitation d'un gaz et d'un pétrole dits "non conventionnels" utilise en effet une technique de "fracturation hydraulique" du sous-sol nécessitant des quantités d'eau gigantesques et provoquant des pollutions dramatiques des nappes phréatiques.

L'Île-de-France sera-t-elle touchée par la fièvre du gaz de schiste ? Toreador, une petite société française liée à Julien Balkani (demi-frère de Patrick, proche de Nicolas Sarkozy), se prépare à un premier forage exploratoire d'huile de schiste à Doué (Seine-et-Marne). Mais ici comme en Ardèche ou sur le Larzac, citoyens et politiques se mobilisent. Une pétition nationale circule, des manifestations jaillissent, la droite semble se diviser, et les députés socialistes préparent pour la mi-mai un proposition de loi visant à interdire l'exploration et l'exploitation des huiles et gaz de schiste. Reste la collusion initiale entre décideurs publics et intérêts privés, au détriment de l"intérêt général.

Pour faire les bons choix face au défi énergétique qui nous attend, ne serait-il pas plus sage de recréer un pôle public de l'énergie, qui inclurait les grandes entreprises françaises de l'électricité, du gaz et du nucléaire, tout en garantissant une forme de contrôle public sur Total ? Ce serait un outil efficace pour assurer à la fois la sécurité d'approvisionnement énergétique du pays, l'accès de tous à une énergie à prix modéré et un investissement massif dans les énergies propres et renouvelables.

vendredi 18 mars 2011

EAU PRINTEMPS : Atelier, balades, débats, installations plastiques, expos... dans le 12e




Ce 22 mars 2011, la journée mondiale de l'eau aura pour thème "l'eau pour les villes : répondre au défi urbain". A cette occasion, l'association "L'eau est le pont" propose du 19 mars au 7 avril, avec le soutien de la Mairie du 12e, un programme d'atelier, de balade urbaine, de projection-débat, d'installations plastiques et d'expositions (programme détaillé ci-dessous).

Cette journée mondiale de l'eau sera l'occasion de revenir sur les enjeux qui ont conduit la Ville de Paris à remunicipaliser son eau. Elle sera aussi une invitation à ceux d'entre nous qui n'y ont pas encore goûté, à découvrir au jardin de Reuilly la Pétillante, une fontaine à eau innovante puisqu'elle distribue, outre de l'eau à température ambiante, de l'eau rafraîchie et de l'eau pétillante !



PROGRAMME :

Atelier et performance, le samedi 19 mars, avec l'association Paris Label
- Atelier « L'eau de ma vie, l'eau de ma ville »
(tout public), de 10 h 30 à 12 h 30 : devant la Maison des associations fabrication de petits « cata' marrants » porteurs de messages en rapport avec cet élément, pour une mise à la flottaison dans l'eau du caniveau l'après-midi...
- Déambulation poétique et plastique
Entre la Place Félix Eboué et l'entrée du Jardin de Reuilly, de 15 h 00 à 16 h 30 : mise à l'eau des petites embarcations qui nous guideront sur un parcours riche en surprises jusqu'à la fontaine « la Pétillante » où un goûter sera offert et les messages dépouillés et lus.


Installations plastiques, du 18 mars au 7 avril, par l'association Paris Label
- Sur un Nuage, d'Anne Maurange à l'entrée du jardin de Reuilly : Eau-nature, -plaisir, -légéreté... Mais qu'en est-il de nos bouteilles vides, objets de dégradation ?
- Water Lily* de la City, de Paule Kingleur au Parc de Bercy : Le printemps se révèle sur le miroir de l'eau à travers de drôles de fleurs aquatiques. Installation flottante de plus de 200 nénuphars urbains.


Balade urbaine, le dimanche 20 mars à 14 h 30, par l'association Percevoir"Points de vue de l'eau dans le XII° arrondissement"Découvrir ou redécouvrir son quartier avec l'eau pour guide. Tout public ; durée 2 h 30 ; accès libre, rendez-vous : sortie du métro « Cour St-Emilion ».

Expositions photos, du lundi 21 mars au vendredi 8 avril, à la Maison des ensembles,
"De regards en reflets"
La ville, l'eau, hier et aujourd'hui dans l'oeil de deux photographes : Henri Guérard et Stéphane Santini. Projection nocturne en façade les 21, 22, 23 et 30 mars (de 18 h 00 jusqu' à l'aube).


Projection-débat, le mardi 22 mars à 19 h 30 : sur la péniche ALTERNAT, Port de Bercy :"Les enjeux de l'eau à Paris, et eau-delà".
"Su", (l'eau en turc) documentaire de 28', réalisé par Clément Juillard pendant le forum mondial de l'eau à Istanbul (mars 2009), en présence de MM. Mohamed Larbi Bouguerra, ancien directeur associé au CNRS, coordinateur du programme Eau de la fondation C-L Mayer pour le progrès de l'homme, et Joël Josso, secrétaire de la coordination Eau Île-de-France.


Vernissage des expositions et rencontre avec les artistes, le mercredi 30 mars à 19 h à la Maison des ensembles, suivie de la présentation d'un court-métrage
"Sécheresse" (23', 2010) réalisé l'été 2010 par des jeunes palestiniens dans un camp de réfugiés, lors d'ateliers avec l'association
"Regarde à vue".


Adresses :
- Maison des associations : 181 Avenue Daumesnil 75012 Paris
- Maison des Ensembles : 3/5 Rue d'Aligre -75012 Paris tous les jours sauf dimanche - 01 53 46 75 10
- "La Pétillante", fontaine d'eau gazeuse : Jardin de Reuilly entrée par l'avenue Daumesnil - Mairie du XII°
- "Sur un nuage" : entrée du jardin de Reuilly, Avenue Daumesnil
- "Water Lily de la City" : Bassin des nénuphars du parc de Bercy à côté de la Maison du lac
- Péniche ALTERNAT : Port de Bercy Aval accès par le Quai de Bercy, en amont du Pont de Bercy, au niveau du Palais Omnisports de Paris - Métro Bercy ou Quai de la Gare



L'EAU EST LE PONT- Paris XII°
Renseignements : 01 71 73 47 84
http://leauestlepont.free.fr

mardi 11 janvier 2011

Bonne année sylvestre !


Quand l’ONU promeut 2011 année internationale des forêts, elle touche au rapport intime que chacun d’entre nous entretient avec ce milieu naturel. Ainsi, j’aime les hêtres de la forêt d’Irati au Pays Basque photographiés par Jérôme Borda, ou plus proche de moi les paysages du Bois de Vincennes dont s’est emparé Jean-François Valantin. Mais pris entre nostalgie bucolique et émotion esthétique, mesurons-nous l’enjeu politique qu’est devenue la forêt, y compris en France ?

Le sommet de Cancun s’est achevé en décembre dernier sur un accord qui marque un progrès dans la lutte contre la déforestation mondiale. Le combat est décisif, tant pour la préservation de la biodiversité que pour la lutte contre le réchauffement climatique. On estime en effet qu’environ 13 millions d’hectares de forêt disparaissent chaque année dans le Monde, provoquant 20 à 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, principalement en zone tropicale. Cancun a adopté un premier cadre international pour le dispositif REDD (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation) qui consiste à amener les pays concernés à protéger leurs forêts en échange de moyens conséquents. Toute référence au marché du carbone a été exclue du texte, au grand dam des lobbies capitalistes. Mais de multiples questions restent ouvertes, notamment sur la dimension sociale du combat contre la déforestation (droits et intérêts des peuples autochtones), rappelant la difficulté récurrente à mettre en œuvre des politiques de développement durable alliant protection de l’environnement et progrès social.

A son échelle, la forêt française aussi recule. En 2008, elle a diminué de 28000 hectares. Il s’agit d’un tournant historique, après une période continue d’accroissement de la surface forestière nationale depuis le milieu du XIXe siècle : de 9 à 16 millions d’hectares, soit aujourd’hui près de 30% du territoire national (4e rang européen). La forêt est principalement victime de l’artificialisation croissante des sols (extension du bâti et des infrastructures), dans une moindre mesure de la reconquête par l’agriculture de certaines surfaces boisées. Elle souffre aussi d’un désinvestissement flagrant depuis une dizaine d’années, qui ne s’explique pas seulement par la déprime due aux grandes tempêtes et aux aléas des prix du bois. L’Office National des Forêts (ONF), qui gère les forêts publiques soit 27 % de la surface forestière,  doit désormais réduire ses effectifs de 1,5% par an et se plier à l’impératif de rentabilité – « produire plus tout en préservant mieux la biodiversité » résumait le Grenelle de l’Environnement. Sur le terrain, les forestiers doivent couper plus de bois, des arbres plus jeunes, et gérer des surfaces toujours plus vastes. Le malaise des personnels est patent, qui s’est traduit par plusieurs suicides, et les syndicats redoutent à terme la privatisation de l’office… 

Pour la forêt aussi, faisons le vœu d’un service public revigoré !

Paradoxalement, ce sont les forêts des métropoles occidentales qui font aujourd’hui l’objet d’un soin maximum. Ainsi dans le 12e arrondissement de Paris, le Bois de Vincennes est une forêt urbaine hautement protégée. Sur les 995 hectares du Bois, la moitié environ est couverte par le massif forestier, le reste étant constitué de prairies arborées, de lacs et rivières, de routes et de divers équipements (INSEP, Cartoucherie, Hippodrome etc.). Non seulement le Bois est un « Espace Boisé Classé à Conserver », mais la Mairie de Paris s’est dotée en 2003 d’une Charte d’aménagement durable du Bois, signée avec les communes riveraines, visant notamment à garantir un espace naturel de qualité propice à la biodiversité. Malgré les multiples usages du Bois liés à ses équipements et à son implantation urbaine, la forêt est préservée et la Mairie travaille même à transformer d’anciennes routes en voies forestières. Parallèlement, depuis 2007, la Ville mobilise ses habitants dans le cadre de l’opération « 1 Parisien, 1 arbre » afin de soutenir financièrement des opérations de reboisement au Cameroun, à Madagascar et en Haïti.

Souhaitons qu’en  2011, les Parisiens nous accompagnent – nous leurs élus – pour développer encore la mise en valeur de notre patrimoine arboricole et forestier.

jeudi 25 novembre 2010

Un nouveau pacte éducatif pour plus d’égalité


Dans le combat pour le progrès social, le système éducatif ne peut pas tout ; mais il reste déterminant pour agir à la racine des inégalités. Ce n’est donc pas un hasard si le projet éducatif du PS occupe une place majeure dans le texte sur « l’égalité réelle » qui sera soumis au vote des adhérents socialistes le 2 décembre, avant sa ratification en convention nationale le 11 décembre.

Pourquoi proposer à la Nation un nouveau pacte éducatif ? Il y a d’abord urgence à inverser la logique de démantèlement que la droite fait subir à l’école publique, par la mise en concurrence des établissements, par leur étranglement financier et par la remise en cause de la formation des enseignants. Les socialistes devront surtout transformer une école républicaine restée très élitiste, où la reproduction sociale marche à plein et qui creuse les écarts de niveau scolaire. Alors que la France est appelée à relever son niveau de qualification pour assurer son avenir, le taux de bacheliers au sein d’une génération stagne autour de 60-65% depuis une quinzaine d’années, on assiste même depuis peu à un recul de la scolarisation des jeunes de 18 ans. Une nouvelle politique de démocratisation scolaire s’impose !

Nos réformes s’appuieront sur une augmentation substantielle de la dépense éducative, alors qu'elle est passée de 7,6% à 6,6% du PIB entre 1995 et 2008. L’effort devra porter notamment aux deux bouts de la chaîne éducative. D’un côté, la création d’un véritable service public de la petite enfance et l’instauration de la scolarité obligatoire dès 3 ans sont primordiales pour lutter contre les inégalités à la racine. De l’autre côté, l’alignement des conditions d’études à l’université sur celles des classes préparatoires apparaît indispensable pour lutter contre l’échec massif en 1er cycle et contre la reproduction sociale des élites.

Mais pour réussir, nos réformes devront aussi repenser le temps de la scolarité obligatoire. Ainsi les rythme éducatifs doivent être adaptés, à tous les niveaux, aux rythmes propres des enfants : nous rallongerons l’année scolaire et nous organiserons la semaine de cinq jours, assurant aux élèves des journées mieux équilibrées. L’accompagnement du travail personnel sera inclus dans le temps éducatif, au sein de l’école, au moins jusqu’en 5e. L’acquisition d’une culture commune par l’ensemble des élèves supposera aussi d’ouvrir une large concertation, avec les citoyens et les personnels, sur les finalités de l’Ecole, dont le fonctionnement actuel repose encore trop sur la sélection par l’échec. Le débat devra porter sur les contenus, comme sur les méthodes d’apprentissage et d’évaluation.

Les socialistes ne pourront se contenter de reprendre le « socle commun de connaissances et de compétences » : sa mise en œuvre par la Droite a conduit à une inflation de référentiels dont les contenus et les modalités de validation sont aujourd’hui critiqués par beaucoup d’enseignants. Nous devrons affirmer une vision de gauche, plus ambitieuse, sur les savoirs et les compétences attendus d’une éducation républicaine. Cette culture commune, pour être acquise par tous, impliquera d’en finir avec le redoublement – cher et scolairement inefficace – au profit d’une pédagogie individualisée, mais inscrite dans le cadre privilégié de la classe, s’appuyant sur le travail d’équipe, sur la rénovation des disciplines et sur la remise à plat des modes d’évaluation. Ces transformations permettront notamment d’assurer enfin le succès du collège unique.

L’écart entre les établissements de centre ville et ceux des quartiers populaires ne cesse de se creuser. Or loin de ne bénéficier qu’aux plus faibles, l’hétérogénéité fait progresser l’ensemble des performances scolaires. Ainsi la ségrégation à l’œuvre dans l’Ecole française est tant injuste qu’inefficace. Nous devrons donc renouveler et renforcer la carte scolaire en ajoutant aux critères géographiques un indice de mixité sociale, auquel l’enseignement privé sera également soumis. Et il faudra donner réellement plus de moyens à l’éducation prioritaire, de façon à augmenter les taux d’encadrement, mais aussi à créer des options attractives et valorisantes.

Les enseignants seront au cœur du pacte que nous voulons construire entre la Nation et son école. Sollicités pour mettre en œuvre les nécessaires transformations du système éducatif, ils devront voir leur métier revalorisé, y compris leurs salaires. Ravagée par la droite, leur formation professionnelle devra être rebâtie, avec un recrutement en fin de 4e année universitaire (master 1), puis une année de stage rémunérée (5e année, master 2) suivie d’une année de formation continuée avec un service réduit. Afin de garantir une plus grande mixité sociale dans le recrutement des enseignants, nous mettrons aussi en place un système de pré-recrutement.

Ne donne-t-on pas une place excessive à l’école, au détriment de l’égalité sociale ? C’est la question troublante que posent François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout dans Les sociétés et leur école (Seuil, 2010). En comparant entre eux une trentaine de pays, les auteurs constatent qu’une forte emprise du diplôme sur le destin social contribue paradoxalement à accroître les inégalités scolaires et la reproduction sociale. Quand un pays comme la France considère que le diplôme doit déterminer strictement la position sociale, la lutte pour son obtention pèse lourdement sur le système scolaire, au détriment de sa dimension éducative et culturelle. Bref, trop d’école tue d’école ! Au-delà de sa thèse polémique sur « l’inflation scolaire », ce livre est une invitation salutaire à bâtir une école moins utilitariste, tout en cherchant à diversifier les voies de l’égalité réelle.

Lien vers le texte de la convention "égalité réelle"


mardi 12 octobre 2010

Immigration de travail : une histoire qui n'en finit pas de s'écrire


Alors que les feux de l'actualité sont braqués sur les retraites, c'est un autre conflit du travail qui vient se rappeler à notre mémoire. Habitants, élus et militants du 12e sont à vrai dire sensibilisés de longue date à la grève des travailleurs sans papiers. Nous étions déjà présents en 2008 au côté des salariés du Barrio Latino, et à nouveau en 2009-2010 avec les grévistes qui occupaient l'agence Randstad de l'avenue Daumesnil - brutalement évacuée en mars dernier. Depuis jeudi dernier, afin que l'Etat tienne enfin ses engagements de juin 2010, ce sont plusieurs centaines de travailleurs sans papiers qui, avec la CGT, occupent pacifiquement la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration.

Le lieu est symbolique ! Autrefois musée des colonies, le palais de la Porte Dorée est désormais lieu de mémoire d'une France riche des nombreux apports économiques et culturels de son immigration. Mais à rebours de l'histoire, le gouvernement actuel préfère pratiquer la stigmatisation des étrangers tout en s'attaquant aux droits des travailleurs. En l'occurrence, les travailleurs sans-papiers de la Porte Dorée, non seulement n'ont pas d'autorisation de séjour et de travail, mais n'ont pas non plus accès aux droits que leur ouvrent en principe les cotisations sociales qu'ils paient depuis des années à des employeurs souvent sans scrupule. Droit à l'assurance maladie, droit à la retraite notamment...

C'est avec l'ensemble de la majorité municipale que nous avons voté hier soir ce voeu :

"Considérant que depuis jeudi 7 octobre, plusieurs centaines de travailleurs sans-papiers occupent la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (CNHI), dans le 12e arrondissement,

Considérant que cette occupation s’inscrit dans le prolongement de la grève entamée depuis de longs mois par des milliers de travailleurs sans-papiers pour obtenir leur régularisation,

Considérant que plusieurs dizaines d'entre eux habitent ou travaillent dans le 12e arrondissement, et que notre conseil d'arrondissement leur avait apporté son soutien dès 2008 et à nouveau en 2009,

Considérant qu'en juin dernier, les travailleurs sans-papiers et les onze organisations qui les soutiennent obtenaient une avancée importante et significative du Ministère de l’Immigration et de la Direction générale du Travail par le biais :
  • d'un addendum au Guide des Bonnes Pratiques de novembre 2009, qui insistait sur la nécessité de délivrer aux demandeurs une autorisation provisoire de séjour de 3 mois (renouvelable) avec autorisation de travailler, lors du dépôt de leur dossier, et rappelait que les régularisations devaient se faire selon des critères objectifs et uniformes par l'ensemble des Préfectures.
  • d'une reconnaissance du droit des 6804 grévistes recensés de séjourner et de travailler en France dans l'attente du dépôt de leur dossier jusqu'au 30 septembre dernier.

Considérant que ce délai du 30 septembre passé, sur les 1806 premiers dossiers de demande déposés, seuls 58 salariés ont obtenu une autorisation provisoire de séjour et de travail, et que se poursuivent les arrestations de grévistes au mépris des engagements de juin dernier.

Considérant que l’Etat a une nouvelle fois failli à ses engagements devant des hommes et des femmes qui vivent et travaillent en France depuis de nombreuses années et qui, pour beaucoup d'entre eux, participent à la solidarité nationale par leurs cotisations sociales et leurs impôts, laissant les intéressés dans l'incertitude et la précarité,

Considérant qu'avec l'occupation de la CNHI, les travailleurs sans papiers nous rappellent qu'au-delà du respect de leurs droits, leur combat s'inscrit pleinement dans l'histoire de notre pays, un pays riche des nombreux apports économiques et culturels de son immigration,

Considérant que le projet de loi "immigration, nationalité et intégration" présenté actuellement à l'Assemblée nationale par le Ministre de l'immigration ne dit pas un mot des critères de régularisation des travailleurs sans papiers, préférant s'en tenir à un accord sans valeur législative contraignante,


Sur proposition de la majorité municipale, le Conseil du 12ème arrondissement :
  • affirme son soutien aux travailleurs sans papiers qui occupent actuellement la CNHI pour faire valoir leurs droits
  • émet le vœu que le Maire de Paris intervienne auprès du Premier Ministre pour exiger la mise en œuvre sans délai des engagements pris en juin dernier afin de régulariser la situation de tous les travailleurs sans papiers qui en font la demande."

Photo : Mathieu Delmestre

jeudi 23 septembre 2010

"contre-réforme" et (petite) révolution


À nouveau ce 23 septembre, la mobilisation populaire est venue frapper aux portes du gouvernement pour lui manifester combien il s’est coupé du peuple ! Or déjà ce matin, l’Elysée tentait de minimiser l’événement. Quant à François Fillon, il déclarait mardi : « Nous avons suffisamment combattu ensemble l’extrême droite pour demander aux responsables socialistes de ne pas se compromettre avec une extrême gauche qui conteste nos institutions démocratiques et dont le programme économique est archaïque ». Outre l’amalgame grossier entre l’extrême droite et les diverses composantes de la gauche présentes à Vieux-Boucau dimanche dernier autour du porte-parole du PS Benoît Hamon, cette tirade traduisait déjà la crainte d’un gouvernement qui pour remettre en cause un progrès social fondamental, le droit à la retraite à 60 ans, a fait le choix de la confrontation avec les forces sociales et parié sur la résignation des Français.

Le conditionnement médiatique nous avait pourtant bien préparé à accepter cette "contre-réforme". « Repousser l’âge de départ à la retraite est une nécessité largement admise. Sauf à entretenir un mensonge général sur la capacité de l’Etat à financer le système, il faut bien regarder les réalités en face », pouvait-on par exemple lire le 9 septembre dernier dans l’éditorial du pourtant progressiste Le Monde… Et Benoît Hamon, dans une tribune percutante, de déconstruire ces prétendues réalités, en montrant notamment que le salarié français est tout sauf un privilégié en Europe en matière de retraites. Comme le rappelait hier un article de Liêm Hoang Ngoc, les propositions du PS esquissent ce que pourrait être une réforme juste et progressiste, qui taxe les revenus du capital et des banques, s’attaque aux nombreuses niches sociales et fiscales injustifiées, tout en menant une politique économique alternative, qui relève la part des salaires dans la valeur ajoutée et donne priorité à l’emploi.

Profitons du temps libre, partageons les richesses ! L’enjeu n’est pas nouveau. Depuis deux siècles, l’espérance de vie augmente. Depuis un siècle, grâce aux luttes sociales et politiques, le temps de travail diminue (durée hebdomadaire, congés payés, pensions de retraites). Et pendant ce temps la richesse nationale n’a cessé d’augmenter ! Ces trente dernières années, la part de cette richesse attribuée aux salaires a néanmoins perdu 10 points au profit du capital. Cette question est au cœur de l’appel initié par Attac et la fondation Copernic, qui a débouché sur plusieurs meetings unitaires et de nombreux comités locaux. Le comité unitaire du 12e rassemble ainsi des organisations syndicales, politiques (du PS au NPA) et des associations autour du mot d’ordre repris sur son tract : « pour le maintien de la retraite à 60 ans, partageons les richesses ! ».

Le rassemblement de la gauche dans la mobilisation sociale devra trouver un débouché politique. C’est l'une des leçons que je retiens de la belle réunion publique organisée hier soir par le comité du 12e. Au-delà des divergences réelles, sur la durée de cotisation par exemple, nous avons mis en avant une analyse partagée des enjeux de cette "contre-réforme" et notre conviction que l’unité d’action est aujourd’hui la seule réponse possible à la politique destructrice et incendiaire de la droite. Comme je l’ai dit hier soir, il n’est pas question d’enjamber la mobilisation sociale actuelle et de dire que l’avenir des retraites se jouera en 2012 : notre énergie doit être tout entière, au Parlement et dans la rue, contre le projet du gouvernement. Néanmoins, à moyen terme, il est indispensable que cette unité dans la mobilisation sociale trouve un débouché politique. C’est tout le sens des interventions de Jean-Vincent Placé (Les Verts) et de Pierre Laurent (PCF) au Vieux-Boucau dimanche dernier. Tous deux ont affiché leur volonté de trouver d’ici l’été 2011 un accord politique qui rassemble la gauche, un « pacte d’union populaire » (P. Laurent) qui esquisse pour 2012 non une simple alternance mais une véritable alternative.

Un gouvernement de transformation sociale supposera non seulement une gauche rassemblée mais un PS qui change sa culture de gouvernement. A cet égard, Benoît Hamon rappelait dimanche combien la mobilisation sociale avait été cruciale pour la mise en œuvre par le gouvernement de Front populaire de la « petite révolution » de 1936, comme l’appelait Léon Blum. Mais sans attendre la petite révolution de 2012, il s’agit dès maintenant de poursuivre et d’amplifier la mobilisation sociale contre le projet de réforme des retraites !


mardi 14 septembre 2010

Enseigner, comme si de rien n’était


Ce n’était pas arrivé depuis quarante ans ! Dans les collèges et les lycées, la rentrée des élèves fut marquée cette année par deux journées consécutives de grève. Elles mobilisèrent très largement des personnels remontés contre un gouvernement qui non content de dégrader chaque année un peu plus les conditions de travail de l’école publique, bazarde la formation professionnelle des enseignants et reporte l’âge de départ à la retraite des salariés ! J’enchaînai trois manifestations en quatre jours, la première dès le samedi quatre septembre – jour anniversaire de la proclamation de la IIIe République – pour répondre à l’appel citoyen lancé cet été suite aux mesures inégalitaires et xénophobes annoncées par le Gouvernement sur la déchéance de la nationalité et au sujet des Roms. Sur le chemin du retour au collège, perplexe, je méditai cette phrase de Salim Abdelmadjid lue dans la presse : « L’inacceptable se sédimente, imperceptiblement d’abord, jusqu’à atteindre un seuil, qui n’apparaît peut-être jamais que rétrospectivement, au-delà duquel il déborde. […] Résister, ce ne peut pas être seulement intervenir au moment du débordement, ce ne peut-être que résister continuellement à la sédimentation de l’inacceptable » (texte complet à lire sur lemonde.fr).


Je débutai mes cours de Troisième avec les Tziganes : un vrai cas d’école ! Rien de tel dans l’actualité récente pour mesurer combien l’histoire, la géographie et l’éducation civique aident à la compréhension du monde d’aujourd’hui. Quelles institutions ont décidé le démantèlement des camps de Roms et les expulsions vers la Roumanie ou la Bulgarie ? Ces mesures sont-elles légales au regard de la Constitution française (dernier rebondissement hier dans la presse) et au regard des normes européennes ? Quelles différences entre les Roms arrivés d’Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin, les Roms au sens de l’U.E., les Gitans français de Saint-Aignan ou ceux que mes élèves côtoient dans leur quartier ? De quel crime contre l’humanité les Tziganes européens ont-ils été victimes pendant la Seconde Guerre mondiale ? Quelles discriminations subissent-ils encore aujourd’hui ? Quels progrès représente pour eux l’élargissement de l’U.E. ? Bref, j’enseignai, comme si de rien n’était…


Nota Bene : l'image en tête de cet article est la couverture du livre d'Henriette Asséo, Les Tsiganes, Une destinée européenne, Découvertes Gallimard, 1994